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mercredi 23 novembre 2016

Debrief: premier tour de la primaire de la droite et du centre

Ouf ! Les élections continuent de nous amener des surprises. Petite analyse de l’entre deux tours de ce qui pourrait bien constituer le scrutin le plus important des cinq prochaines années.


1)  Les enseignements  du premier tour


La défaite de Nicolas Sarkozy


Avant de parler de la large victoire de François Fillon, revenons un instant sur la défaite de Nicolas Sarkozy.

Depuis son arrivée au ministère de l’intérieur en 2002, Mr Sarkozy n’a eu de cesse de diviser la population française à coup de politiques réactionnaires, de phrases clivantes et populistes et de mesures xénophobes. Signant la fin de la police de proximité dans les banlieues afin de les « nettoyer au karcher » pour en supprimer « la racaille ». Mettant en place une politique de déportation souvent inhumaine tout en fustigeant de manière populiste les Roms, les musulmans et les immigrés.  Au fil des années, ses appels du pied aux électeurs du front national ont fini par brouiller les pistes et banaliser les thèmes de ce dernier, au point de permettre à Marine Le Pen de juger sa proposition d’incarcérer préventivement dans des camps de dé-radicalisation les individus listés sur fichier S comme « anti-républicaine ». 

Lors des débat,  ses propos visant à attiser les peurs (des centaines de millions d’Africains, six enfants par femme, prêts à profiter du regroupement familial pour venir en France égorger des curés (1)) ne lui auront pas permis de se qualifier pour le second tour.

Un président battu à sa propre réélection, revenant en politique avec comme seule proposition un surplus de populisme et de xénophobie, n’aura finalement pas réussit son pari. Sans même mentionner les affaires dans lesquels il est mis en cause, nous pouvons nous féliciter de le voir forcé de tirer sa révérence. 

Pourquoi a-t-il perdu ? Il semblerait que sa stratégie anti-centriste, visant à déstabiliser Juppé, ait profité à François Fillon. Mon optimiste me pousse également à penser que les électeurs se sont attachés à démontrer qu’il ne faut pas trop prendre les Français pour des cons (2). 

L’absence notoire de sondages d’opinion en sortie des urnes (pourtant si riches en enseignements dans le cas des Etats-Unis et de l’Angleterre) ne permet pas de savoir quel a été le rôle des électeurs du Front National et de la gauche, qui représenteraient entre 10 et 25% de la participation (3). Ont-ils votés par calcul pour Sarkozy, par conviction pour Juppé ? Une chose est sûre, ils n’ont pas voté pour Copé, dont les 0.3% sont une seconde bonne nouvelle pour toute personne se disant « républicaine ».


La participation

Plus de quatre millions de Français sont allés voter, soit dix pour cent du corps électoral. 

Cette forte participation est-elle le signe d’un engouement pour les valeurs de la droite et du centre ?   A en croire le fameux sondage (3), non. Néanmoins, la première place de François Fillon, arrivé largement en tête, remet sur le devant de la scène une partie de l’électorat que l’on aurait tendance à sous-estimer facilement. Non pas l’électorat populaire type Trump/Brexit, mais, semblerait-il, l’électorat catholique,  de droite dure, attaché aux valeurs traditionnelles et de ce fait à la posture conservatrice de Mr Fillon. Ce sont bien eux, devant les potentiels électeurs de gauche, qui ont bouté Sarkozy hors de cette primaire en reportant leurs voix sur Fillon. 


Les sondages

Une fois de plus, les sondages avaient complètement faux. Mais avec autant d’inconnues (la participation, en quantité comme en qualité) et un dernier débat à deux jours du scrutin, saisir une tendance ne semblait pas chose facile.

On retiendra que les calculs politiques semblent remis en question, puisqu’ils s’appuient tous sur les fameux sondages d’opinions. Fillon avait clos le troisième débat par une phrase efficace qui résonnera chez beaucoup de personnes, quelle que soit leur opinion politique : 

 « Nous les Français, nous sommes un peuple fier. Et nous n’aimons pas qu’on nous dicte nos choix. Dimanche prochain, je dis aux français qui nous regardent, n’ayez pas peur, n’ayez pas peur de contredire les sondages et les médias qui avaient déjà tout arrangé à votre place. Ne faites pas de calcul. Ne choisissez pas de voter pour un candidat pour en éliminer un autre, choisissez de voter pour vos convictions, c’est le seul choix qui est digne de vous, et c’est le seul choix qui est digne de la France. »

Les experts ne l’avait pas vu venir, il suffisait pourtant de regarder les débats


Juppé vs Fillon

Le maire de Bordeaux sort incontestablement affaibli de ce premier tour. Le positionnement  « centriste et rassembleur » n’a pas payé. En ces temps de « révolte populaire » le candidat poussé par les sondages et les grands médias accuse désormais plus de six cent mille voix de retard. Un handicap qui peut paraitre insurmontable quand on sait que Sarkozy a explicitement apporté son soutien à François Fillon, choix politiquement logique. Depuis l’annonce des résultats, les autres soutiens se précipitent aux pieds du nouveau faiseur de roi, pour la simple raison que personne ne veut parier sur le cheval perdant. Cet élan politique devrait permettre à François Fillon de remporter facilement le second tour. Devrait, car il serait bien présomptueux de conclure trop vite à la défaite d’Alain Juppé.
Pourquoi est-il en si mauvaise posture ? A mon sens, en plus d’être apparu comme le candidat du système médiatique, c’est du côté de sa performance aux débats qu’il faut regarder. A ne vouloir froisser personne, on finit par ne pas séduire grand monde non plus.

A l’inverse, Fillon a adopté une posture complètement assumée, sans s’excuser de ses opinions parfois extrêmes. L’authenticité paye. Lorsque Hillary Clinton avait accusé Trump de ne pas payer d’impôt, il avait répondu « ça fait de moi quelqu’un d’intelligent ».  Reste à savoir si ces électeurs fraichement acquis ne feront pas demi-tour lors du second tour !


2) Le second tour : analyse rapide


Le duel Fillon-Juppé

Alain Juppé l’a annoncé d’entrée, ça sera un duel programme contre programme. Les médias l’ont pris au pied de la lettre et nous vendent un match entre l’ultra libéral et conservateur Fillon contre le social-libéral et modéré Juppé. 

Les différents sites internet comparent les programmes (4). Pour les résumer, rien de tel qu’un petit  graphique dit de « référentiel Pol Fiction ». 

1) Fillon et Jupé sur le référentiel Pol Fiction, tel qu’on nous le présente dans les principaux médias :





2) La réalité :



Comme vous pouvez le constater, j’ai du « zoomer » sur le graphe pour différencier de façon intelligible les deux candidats. En réalité, leurs programmes sont si proches qu’il est presque comique de lire les fameux articles traitant des « différence de programme ». 

Mis à part les variables d’ajustement technocratique (combien de fonctionnaires en moins, de places de prison en plus, de baisse d’impôts, de points de hausse de la TVA…) il n’y a en réalité que deux différences fondamentales.

La première concerne un petit groupe de personne, la seconde l’Europe tout entière. 

Ainsi, Fillon veut « restreindre » l’adoption des couples homosexuels, tandis que Juppé y est « favorable » (5). Si on ajoute sa position clairement contre le Burkini, cela fait de Fillon le champion de la droite catholique et lui permet de gagner le soutient non négligeable des héritiers de la manif pour tous. Plus sérieusement, on peut parler de différence de valeur, Fillon étant un catholique affirmé tandis que Juppé se veut plus « progressiste ». 

Le second concerne la politique étrangère de la France, en particulier vis-à-vis de la Russie. C’est un point essentiel sur lequel nous allons revenir par la suite.

Compte tenu de ces faibles différences objectives, le duel va se faire à priori plus sur les personnes que sur les programmes, n’en déplaise à Juppé. Bien sûr, Fillon adopte une posture médiatique plus « libérale » dans le but de se différencier (cf. premier tour) et de rassembler le noyau dur de la droite. Mais ses mesures emblématiques (comme la suppression surréelle des 600.000 fonctionnaires tout en augmentant de 50.000 le nombre des policiers, ou la suppression de la durée légale du travail) ne sont là que pour assurer un positionnement politique. 

A la lumière des précédents débats, il parait douteux qu’Alain Juppé parvienne à inverser la tendance. Les électeurs de droite vont choisir un candidat pour gagner, et compte tenu du succès de Fillon au premier tour, le choix semble s’imposer de lui-même.


La politique étrangère.

Fillon a un avantage considérable : dans un domaine extrêmement complexe, son message est extrêmement simple : on se rapproche de la Russie.

Après avoir réussi à faire élire Trump, Poutine doit jubiler dans son bureau du Kremlin.

Honnêtement, je pense que les questions de politique étrangère sont les plus complexes à trancher. Je vais donc faire de mon mieux pour résumer la question, dans la limite de mes compétences.

La Russie mène une politique d’expansion dans une logique de guerre froide (6). Après avoir envahi la Crimée et poussé l’Ukraine à la guerre civile, déclenchant à l’initiative des Etats-Unis et de l’Allemagne des sanctions économiques (la France ayant dû annuler la livraison de deux frégates à la Russie et lui rembourser 1.2 milliards d’euro (7)), l’ex URSS a poursuivi un réarmement qui a conduit les Etats-Unis à augmenter les forces en présence aux frontières dans une escalade dénoncée par le monde diplomatique (6) comme dangereuse, et plutôt à l’initiative des occidentaux. 

La Russie a ensuite pris pied avec une redoutable efficacité au proche orient en assurant le maintien de Bachar Al Asad au pouvoir au prix d’un véritable tapis de bombes, la chose la plus éloignée possible des frappes chirurgicales d’Obama. Sans surprise, ces bombardements massifs ont été efficaces, écrasant tout ce qui se dressait contre Bachar (les rebelles armés par les Américains et la France bien plus que les Djihadiste de l’EI) avec comme conséquence des millions de migrants déplacés (1 million en Allemagne, deux ou trois en Turquie).

Les Européens sont coincés car l’action russe porte ses fruits (avec des dégâts collatéraux difficilement acceptables) et le jeu des alliances internationales ne leur laisse quasiment aucune marge de manœuvre. 

S’allier avec la Russie pose problème dans de nombreux cas. Non seulement on cautionne un drame humanitaire, mais en plus on s’expose à de profonds dilemmes si Poutine se fâche avec la Turquie (qui menace de pousser deux millions de migrants vers l’Europe) et si Poutine se décide à répéter l’expérience Ukrainienne dans un autre pays de l’Europe de l’Est (l’Estonie, membre de la zone Euro,  vient d’élire un président pro-russe). En clair, on se met à sa merci. 

Poutine a intérêt, semble-t-il, à continuer sa logique de guerre froide pour des raisons de politique intérieure. L’économie Russe fait la taille de l’économie espagnole et est mise à mal par l’effondrement du prix du pétrole et les sanctions économiques. Pourtant, les Russes admirent Poutine. La raison est simple : la mentalité russe est très différente de la mentalité européenne et les questions de prestige international et de nostalgie de grande puissance sont plus importantes à leurs yeux que les aspects économiques (8). De plus, Poutine contrôle l’ensemble des médias russes et s’en sert pour rendre l’occident coupable de tous les maux (pas entièrement à tort puisque les USA et l’Allemagne ont imposé des sanctions et que les USA ont causé l’effondrement du cours du pétrole). Les chaines russes manipulent les faits avec une force qui ferait passer FoxNews pour Mediapart en comparaison. 

Dernier élément, Poutine s’érige en nouveau gardien de la foi Chrétienne. La nouvelle cathédrale construite à Paris a été financée par son gouvernement et le dictateur devait se rendre à Paris le mois dernier pour l’inaugurer. François Hollande lui a refusé ce privilège, jugeant assez inopportun de s’afficher avec Monsieur Poutine pendant que ce dernier violait le cessez le feu d’Alep.
  
Dans ce contexte, la russophilie de Fillon inquiète les experts. Mais les va-t’en guerre américains inquiétaient tout autant les même experts (9), d’où une certaine difficulté à se faire une idée de la meilleure position à adopter (si tant est que la France ait réellement le choix). Une chose est sûre, avec Donald Trump à la maison blanche et Poutine qui réarme la Russie à toute vitesse et vient de rouvrir le KGB, l’avenir est incertain. 


Pour qui voter ?

Les électeurs de droite doivent choisir leur champion, et s’ils peuvent s’accommoder des connivences russes de ce dernier, Fillon semble l’homme de la situation. Je dis cela en me basant entièrement sur les prestations télévisuelles et le fait que pas loin de 2 millions de français aient voté pour lui au premier tour de la primaire.

Le débat de ce jeudi devrait permettre de trancher, pour les indécis du moins. 

Comme Fillon l’a très bien dit lui-même, voter par calcul semble particulièrement contreproductif. Combien d’électeurs du FN seraient séduits par le vote Fillon ? Que fera Bayrou ? Quel candidat sera le plus à même de passer au premier tour, et de battre Marine Le Pen au second (si tant est que les sondages aient raison sur ce point…) ? Fillon mobilisera probablement d’avantage la gauche contre lui et le vote blanc au second tour s’il affronte Le Pen. Mais il permettra peut-être à Hollande de se présenter, à Macron de décoller….  Juppé à plus de chance de l’emporter au second tour, quel que soit son adversaire, s’il y parvient…Bref, les calculs sont voués à l’échec. 

Si vous êtes de gauche, la première question qui se pose est pourquoi diable aller voter ? Je vous ramène au graphique de la première partie…

Seulement, un vote à la primaire comptant dix fois plus qu’un vote à la présidentiel (du fait de la participation), donner son avis peut être tentant. Voter par calcul n’étant pas acceptable, il ne vous resterait plus qu’à voter Juppé, si vous êtes particulièrement inquiet par le virage pro-russe que promet Fillon, ou son conservatisme qui risque de mettre à mal les droits des couples homosexuels.  Ce sont là des raisons acceptables, mais n’oubliez pas que chaque vote à cette primaire donne de la force et légitimise le futur vainqueur, quel qu’il soit.

L’utilisation des thèmes du FN, le débat sur le burkini et toutes ces choses pas très jolies s’inviteront dans la campagne, d’une façon ou d’une autre. Mais réjouissez-vous, ça ne sera plus à l’initiative de Nicolas Sarkozy. ..

Prochain article après les résultats, je ne serai effectivement pas en mesure de débriefer le débat de Jeudi soir pour cause de vacances :)


(1) Paraphrase de Nicolas Sarkozy, à partir de deux interventions mis bout à bout lors du premier débat, citation « de mémoire ».
(2) Si je peux me permettre ce langage 
(3) Sondage réalisé pour BFMTV le jour du vote sur un échantillon de 675 électeurs montrant que 63% des électeurs sont « de droite ou du centre », 15% de gauche, 14% sans préférence et 8% du FN. Cela revient à dire que les électeurs directement concernés se sont déplacés en même nombre que les électeurs de la primaire à gauche (2.8 millions). 
(4) Voir lemonde.fr, lci.fr, lefigaro.fr, Marianne…
(5) Lci.fr
(6) https://www.monde-diplomatique.fr/2014/09/HALIMI/50753 
(7) http://www.lemonde.fr/international/article/2015/08/06/la-france-n-aura-a-verser-aucune-penalite-pour-la-non-livraison-des-mistral-a-la-russie_4714762_3210.html
(8) Après avoir travaillé avec de nombreux ingénieurs russes « occidentalisés », je peux en témoigner.
(9) Idem (6), plus l’émission « l’Esprit public » du 16/10/2016

vendredi 7 octobre 2016

Marine Le Pen remporte la présidentielle de 2017

Marine Le Pen remporte l’élection présidentielle 2017 avec 50.7 % des voix

L’ampleur de la surprise assomme l’ensemble de la classe politique, y compris le camp de la principale intéressée. Le FN victorieux, au premier tour ! Le pays entier semble KO. Les appels aux recomptes des voix se font encore entendre, mais pourtant, la tendance annoncée dès vingt heures par les premiers dépouillements ne laisse place à aucun doute (Marine le Pen oscillant entre 52% et 49% avant que les projections ne se stabilisent autour de 51%). Le décompte officiel des bulletins de vote étant finalement terminé, un recompte ne parviendra pas à annuler les 230 mille voix qui séparent Madame le Pen de l’investiture suprême.

Ce résultat semble d’autant plus renversant qu’il y a moins d’un an de cela, l’ensemble des commentateurs comme des bookmakers s’attendaient tous à voir un duel au second tour entre Alain Juppé et la candidate du FN, duel qui aurait abouti à la victoire sans appel du fils spirituel de Jacques Chirac sur la fille biologique de Jean Marie Le Pen, dans un re-match conforme au second tour de la présidentielle de 2002.

Et pourtant, de second tour il n’y aura point. Aussi choquant que le résultat puisse paraitre, nous n’avons pas d’autre choix que de l’accepter. Et afin de l’accepter, il est utile de chercher à le comprendre et l’expliquer. Les causes sont multiples, revenons sur les principales en étudiant la véritable partie de poker « no limit » qui s’est déroulée devant nos yeux ces neufs derniers mois.


Première manche : la primaire républicaine

Tout le monde donnait Juppé vainqueur. Les sondeurs, les électeurs centristes et de gauche, les commentateurs. Même mon chien. A vrai dire, les journalistes et prétendu analystes politiques semblaient quelques peu embarrassés par la candidature musclée de Sarkozy. Pour de multiples raisons : un président battu à sa propre réélection par François Hollande, refusant d’admettre sa défaite, ça fait tache. Sans parler de ses nombreuses casseroles en lien avec les différentes « affaires », les conséquences particulièrement néfastes de son intervention en Libye ou son nouvel axe de campagne encore plus « à droite ».

Il semble désormais d’autorité notoire que les émeutes des banlieues de 2005 qui mirent fin à la carrière politique de monsieur De Villepin furent orchestrées par Monsieur Sarkozy, mettant de l’huile sur le feu pour embraser les banlieues via ses déclarations qui ne pouvaient qu’être perçues comme une provocation insoutenable aux oreilles des jeunes des cités. Sa campagne de 2007 forgée sur un message sécuritaire fort et le fameux « travailler plus pour gagner plus » ne fit qu’une bouchée de la fragile et maladroite madame Royale (qui partage au moins un trait de caractère avec Sarkozy, son incapacité à quitter la vie politique après avoir été désavouée nationalement). Le cynisme et l’opportunisme de Nicolas Sarkozy, arrivé au pouvoir après avoir à jamais endommagé la cohésion sociale française et légitimé les idées du FN pour des décennies semblait devoir être les traits principaux de son exercice du pouvoir. Stigmatisant les immigrés en général et les Roms en particulier, supprimant les moyens policiers (police de proximité) et engageant la France dans une guerre au Moyen Orient dont nous payons encore les conséquences… tout cela était déjà bien connu des citoyens lorsqu’il se porta candidat à la primaire des républicains.

Sa stratégie, curieusement, déstabilisa ses adversaires. Dans son livre de campagne « Tout pour la France », parut fin aout 2016, le message était pourtant clair : tous les moyens seront bons pour être élu. La remise en question du droit du sol peut paraitre anodine, mais elle eut le mérite de porter le débat en terres Sarkozienne. En imposant ses thèmes de campagne à des personnalités plus ambiguës comme Alain Jupé, la victoire devenait possible, malgré un retard fantastique dans les sondages à deux mois de la primaire. Jupé 40%, Fillon 30%, Sarkozy 20%, bon troisième. Le rôle de président du parti fut utilisé en complète méprise de toute décence. Pas de fair play au poker, seul le résultat compte. Sarkozy joua ses cartes à la perfection, supervisant l’organisation des primaires lui-même, s’assurant que les bureaux de votes seraient ouverts en grand nombre en terre Lepéniste et fermerait ridiculement tôt à Bordeaux. Le résultat, on le connait. Un thème sécuritaire et xénophobe omniprésent dans la campagne, où Jupé fut contraint d’expliquer l’intérêt d’un Etat de droit lors des débats télévisés pour être ensuite taxé de socialiste, vieux et mou, incapable de défendre la France et les Français car ayant peur de l’action.

Sarkozy remporta la primaire par une faible marge, que certains trouveront suspecte, mais les dommages furent irréversibles. Les thèmes de campagne furent exportés à l’élection générale tout comme ils le furent aux primaires socialistes et, fait remarquable, aux primaires des verts (les fameuses primevères). Nous y reviendront.
Autre conséquence de la victoire de Sarkozy: la candidature centriste de Bayrou. Bénéficiant de l’arrêt de l’émission « les guignols de l’info » et du soutien du malheureux Jupé, elle torpilla les chances de Sarkozy à la présidentielle.


Seconde manche : les primaires à gauche et François Hollande

L’enjeu était simple : tout sauf Hollande. Pour ce faire, des candidatures comme celles de Benoit Hamon et Montebourg virent le jour, tentant de dissuader notre président de se représenter. La soif de pouvoir et l’égocentrisme n’étant pas des attributs exclusifs à la droite, ce dernier décida d’y aller quand même. Convaincu que le risque (perdre les primaires) valait la chandelle (battre de nouveau Sarkozy au premier tour, et Le Pen au second).

Le calcul n’était pas idiot. Après avoir mené une politique de droite pendant cinq ans, remettant en cause l’égalité et la liberté des citoyens avec des mesures aussi inefficaces que l’état d’urgence permanent ou la déchéance de nationalité des kamikazes terroristes s’étant fait explosé, en ayant appliqué le programme économique ordo libéral promulgué par la conservatrice Merkel et le Médef, les arguments des Républicains comme Jupé se trouvaient affaiblis face à Sarkozy. Et devant le virage extrémiste de ce dernier, Hollande allait pouvoir apparaitre comme le candidat de la raison. « Vous voulez faire la guerre au terrorisme ? Mais on est déjà en guerre permanente. Vous voulez mettre fin à l’Etat de droit ? Mais ça fait déjà douze mois qu’on a l’Etat d’Urgence. La fin du droit du sol ? Vous allez trop loin. La fin des 35 heures ? Les français n’en veulent pas ».

Oui, la stratégie pour battre Sarkozy semblait parfaite, et c’est sur cet axe et un bilan économique « pas trop mauvais » avec le retour de la croissance et la baisse légère et conjecturale du chômage qu’il comptait passer le cap de la primaire. Il avait utilisé tous les outils du pouvoir pour favoriser son meilleur ennemi à gagner la primaire à droite, il ferait de même à gauche.

C’était sans compter sur deux forces importantes. La première, le dédain particulièrement fort que sa présidence catastrophique lui avait attiré auprès du peuple de gauche. Les 16% d’opinions favorables qui marquèrent ces six derniers mois de pouvoir ne reflétaient pas suffisamment clairement le profond mécontentement ressenti par les électeurs de la gauche élargis. Et ils le lui firent payer.

La seconde, c’est le fait que sa candidature vint se heurter à celle plus logique et pourtant similaire du centre gauche et incarnée par le jeune loup  Emanuel Macron. Deux sociaux-démocrates ayant de gauche que le nom, cela faisait beaucoup pour une seule primaire organisée timidement par un parti plus que jamais divisé. A quelques semaines de la primaire, Hollande semblait destiné à se prendre l’énorme baffe qu’il méritait. Coup de poker, Macron décide alors de se retirer. Deux raisons à ce choix : il peinait à dépasser Montebourg et ne se voyait pas d’affronter Bayrou pour les voix du centre. Un calcul gain bénéfices qui se résume par l’idée suivante : mieux vaut être premier ministre de Hollande ou futur principale force de l’opposition que le capitaine du Titanic Socialiste. En clair, la candidature de Hollande le pousse à arriver à la même conclusion que Manuel Valls : mieux vaut quitter le navire.

Et finalement, le calme et la sérénité d’Hollande l’emportèrent sur l’excentrique Montebourg dont certaines propositions peu conventionnelles rebutèrent un trop grand nombre d’électeurs.  Montebourg victime de la droitisation sécuritaire du débat et d’un appareil politique au service de son adversaire, tout comme Jupé de l’autre côté.

Avec Hollande comme champion de la gauche, les candidatures multiples semblaient inévitables. Dufflaut, l’opportuniste verte qui n’avait pas hésité à s’assoir sur tous ses principes pour un poste au gouvernement du accepter de se soumettre à des primaires écolos, puisque ayant refusé de participé à celles organisées par le parti socialiste. Avec comme conséquence un exercice voué au ridicule et la décrédibilisation totale d’un parti qui brillait plus par ses divisions (pour ou contre le nucléaire ? ) que par sa capacité à établir des priorités (le réchauffement climatique ou la pêche ou le nucléaire ou… Nicolas Hulot !)


Troisième manche : l’extrême gauche

L’histoire se répète. Le vide sidéral laissé à gauche par les primaires socialistes ne pouvait que renforcer le front de gauche et son populisme assumé. Flirtant avec les thèmes écolos et se dressant comme ultime rempart à la dérive droitière et sécuritaire de l’ensemble du paysage politique, Mélanchon dépassait Hollande dans les sondages. Un costar trop grand pour les épaules du populiste qui permit à d’autres micro candidats de se lancer dans la bataille : un coco et Philippe Poutou.


Quatrième manche : l’extrême droite

Le FN, droit dans ses bottes néo-nazies, se contenta de faire le moins de bruit possible.


Cinquième manche : la campagne présidentielle

 Les cartes étant distribués, le décompte des jetons (ou % des intentions de votes) au premier tour donnait un peu près ca :

Le Pen : 35%

Hollande : 17%

Sarkozy : 16%

Mélenchon : 15%

Bayrou : 8%

Cécile D : 3%

Communistes : 3%

Parti des travailleurs : 1%

Parti des chasseurs : 2%

Nicolas Dupont Aignan : rallié à Le Pen (le malin !)


Sondages second tour : Sarkozy 60% Le Pen 40%  // Hollande 65% - Le Pen35%


 Hollande s’érigea en bouclier contre la barbarie et le racisme, mais fut pris à revers par Mélenchon qui lui adressa ses plus vives critiques, rappelant son bilan catastrophique et lui reprochant d’avoir mis en place le programme du FN (déchéance de la nationalité, Etat d’urgence permanent…) et du Medef (loi travail, pacte de compétitivité pour les entreprises) tout en ayant gouverné par tyrannie (49-3). Rien que ca !

Bayrou fit du Bayrou, c’est-à-dire du très mou. Il chercha simplement à faire le pont entre Juppé et la Hollande de son homonyme François. Une drôle de sauce béarnaise qui ne prit pas !  

Sarkozy, sans surprise, fit campagne à fond à droite, pour siphonner les votes du FN. Ce qui produisit la réaction classique de ce dernier, défendre ses terres et concentrer ses tirs sur Sarkozy.

Le Pen rappela  avec brio toutes ses casseroles. Et en particulier l’intervention en Libye, dont le lien avec les problèmes de terrorisme et d’immigration massive était un argument particulièrement facile à défendre pour le FN. Les élans d’indignation devant l’ironie de la situation (Sarkozy et Hollande de nouveau candidats) furent tellement simples à exprimer que Marine le Pen ne jugea pas nécessaire de faire réellement campagne. Les quelques dérapages Donald Trumpesque ne lui firent pas plus de mal qu’ils en firent à Donald Trump lui-même.

 Le plus grand facteur de désenchantement fut sans conteste l’invraisemblance du duel Sarkozy-Hollande. Ces deux derniers présidents ayant sans cesse œuvrés dans le sens du FN en fustigeant les minorités et en adoptant ou proposant des mesures populistes ne pouvaient que perdre face à Marine Le Pen.

 Le soir des élections, le verdict tomba, sans appel :

1.       Abstention : 45% ou 20,250,000 suffrages non-exprimés.

2.       Marine Le Pen : 50.7 % des suffrages exprimés ou 12,548,250 voix (le double de son père en 2002, en gros)

3.       Mélenchon : 20% ou 4,951,051 voix (en gros) qui prend les voix de Hollande

4.       Sarkozy : 12% ou 2,666,666 vois (en petit) qui donne ses voix à Marine LE PEN

5.       Hollande : 9.5% ou 2,121,121 voix (en gros) qui donne ses voix à l’abstention

6.       Bayrou : 7.5% ou 1,902,902 (dont deux chèvres) qui donne sa voix aux chèvres

7.       Cecile D : 1.35 % ou 216,969 voix (moins que Eva Joly) qui en perd sa voix

8.       Les chasseurs : 1.34% ou 215,151 (pratiquement autant de chasseurs que d’écolos !)

9.       Autres (dont Jupé) : 1.31 % ou 249,251 voix (moins deux chèvres)


C’est donc une combinaison de cynisme et d’opportunisme invraisemblable de la part de la classe politique (Nicolas et François en tête) et le climat de peur qui porta Marine Le Pen au pouvoir, à la consternation générale de tous, elle la première.

Moralité : votez aux primaires, toutes les primaires !