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jeudi 20 octobre 2016

Compte rendu: troisième débat des elections americaines



Faites vos jeux... 

Las Vegas, temple du jeu, cité de tous les vices où le spectacle est roi, semblait toute indiquée pour accueillir la dernière partie de poker menteur avant le jour J des élections.

Avant d’analyser le débat, rappelons les derniers développements de la campagne présidentielle.

Le second débat avait eu lieu dans un contexte électrique, quelques jours après la divulgation de la fameuse vidéo où Donald Trump se vantait d’utiliser son statut de milliardaire célèbre pour forcer les femmes, y compris mariés, à coucher avec lui. « I can do anything, I grab them by the pussy » (je peux faire ce que je veux, je les attrapes par la chatte).

Le débat qui s’en était suivit ne fut qu’une suite d’attaques, souvent puéril, que j’ai décrit dans mon article précédent. La question en suspend concernait l’impact de ce débat sur la campagne de Donald Trump et sa chute dans les sondages.

La réponse semble clair : la chute de Trump s’est ralentie suite au débat, probablement parce que sa base électorale ne s’est pas émue du scandale provoqué par la vidéo et s’est trouvée énergisée par les attaques portées par leur champion vis-à-vis d’Hillary. J’en veux pour preuve les discussions entretenues avec mes collègues républicains, parlant de « propos de vestiaires » que la plupart des hommes tiennent de temps en temps entre eux, et fustigeant Clinton la criminelle qui « devrait être en prison ».

Néanmoins, le groupe d’électeur « indécis » diminue de plus en plus et tant à se ranger du côté de Clinton, ce qui explique la chute ralentie mais constante de Trump dans les sondages (on y reviendra).

Dans les jours qui ont suivi le débat, plusieurs femmes ont accusé publiquement Trump d’agression sexuelle. Ces accusations ont occupé une place centrale dans le champ médiatique, les supporters de Trump parlant de mensonges diffamant, s’étonnant que ces accusations portant sur des faits vieux de plusieurs années ressurgissent comme par hasard au terme de la campagne, tandis que les  féministes les justifiaient en s’appuyant sur les difficultés auxquelles les femmes victimes d’agression sexuelles doivent faire face lorsqu’elles décident de prendre la parole.

Plus que les faits (potentiellement grave), c’est la façon qu’a eu Trump de les combattre (allant jusqu’à dire « non mais vous les avez regardées ? ) qui a entretenu le ressenti négatif à son égard.

Pendant ce temps, la campagne de Clinton, particulièrement bien huilée, a concentré ses attaques sur Trump et ses propos dégradant. Michelle Obama s’est impliquée personnellement, délivrant un discours particulièrement émouvant dans le New Hampshire qui m’a véritablement touché. Elle se place du point de vue d’une mère et pose la question « quel individu voulons-nous à la tête du pays pour donner l’exemple à nos enfants ». Elle cite un garcon de six ans ayant dit à sa mère en regardant la télévision « celui-là ne sera pas président, il a traité quelqu’un de « cochonne » à la télé » (piggy, un terme utilisé par Donald Trump lorsqu’il parlait d’une actrice). Michelle Obama apporte ainsi un argument particulièrement pertinent qui dépasse les polémiques et replace dans le débat des questions qui, en d’autres circonstances, seraient jugées comme peu importantes en politique.

De son côté, et alors que ses soutiens s’effritent de plus en plus, Trump a commencé à s’en prendre ouvertement au système. Taxant le système médiatique de  vendu (n’est-ce pas pourtant lui qui  se vantait publiquement de le manipuler à son avantage il y a six mois ?) et soutenant que les votes eux-mêmes étaient truqués, allant jusqu’à accuser les bureaux de vote de faire voter des morts (dans certains Etats, le vote par procuration est déjà ouvert). Ces accusations entretiennent la théorie d’un complot du système contre les américains, avec un certain succès auprès des électeurs radicalisés qui pourraient, à termes, créer des problèmes sérieux dans la société américaine.

Cette vision est encouragée par un climat particulier.  Les emails du directeur de campagne d’Hillary, obtenus illégalement par Wikileaks suite au piratage orchestré par le Kremlin, n’aident pas à inspirer confiance au public. Hillary continue d’apparaitre comme une politicienne sans scrupules. Surtout après les révélations récentes  du New York Times concernant un officier du FBI ayant fait preuve de complaisance lors de l’investigation du scandale des emails de Clinton.

Nous avons donc d’un côté Trump, se plaçant comme victime d’un système impitoyable qui chercherait à le trainer dans la boue, à détruire sa famille et priver les américains de leur libertés (je le paraphrase à peine), et de l’autre Clinton, seule candidate capable d’endosser les fonctions présidentielles et unique rempart contre l’indécence et la barbarie de Donald Trump (selon Michelle Obama).

Côtes et probabilités

Le fameux baromètre du New York Times reflète la lente mais continue glissade de Donald Trump, désormais donné perdant à 9 contre 1 (92 % de chance de victoire pour Hillary).

L’impressionnante remontée de cette dernière (qui pointait à 65% ou 2 contre 1 la vieille du premier débat) reflète des sondages de plus en plus accablants pour le milliardaire républicain. Sur le plan national, il est donné en moyenne à 8 points de retard, un véritable  gouffre à trois semaine des élections et alors que certains Etats enregistrent des bulletins de vote depuis déjà quinze jours. Mais c’est principalement dans la course aux grands électeurs (pour rappel, les élections américaines s’effectuent au suffrage indirect, ce qui importe au final c’est de remporter les Etats) que Clinton à l’avantage. Les fameux swing states lui prêtent presque tous une légère avance (de 1 à 4%) alors que certains bastions républicains sont menacés de basculer côté démocrate.

L’Uta, pays des mormons et de la morale, en fait partie. Les conséquences de la fameuse vidéo qui a conduit l’Eglise mormone à soutenir un troisième candidat. Du jamais vu.

Plus proche de moi, un sondage publié mardi par l’Université de Houston pointe Clinton à seulement 3% derrière Trump dans l’Etat du Texas. Obama avait perdu cet Etat par 13%, Bush l’avait gagné avec 24% d’avance. Le Texas sur le point de basculer démocrate, du jamais vu depuis 1986 !

Rien n’est encore joué, les sondages peuvent se tromper et de nombreux Etats sont encore dans un mouchoir de poche. Mais certains signes portent à croire que l’on pourrait assister à une large  victoire d’Hillary Clinton.

Le parti Républicain semble avoir d’ores et déjà concédé l’élection, reportant ses efforts sur les élections parlementaires (qui ont lieu le même jour, simultanément), tandis que la campagne de Clinton oriente ses ressources vers des Etats auparavant jugés imprenables (comme l’Arizona) afin d’essayer de faire basculer le sénateur en place.

La théorie qui voudrait que les électeurs de Trump se mobilisent d’avantages que ceux d’Hillary est en train de s’inverser. Les Démocrates, de plus en plus horrifiés par les propos de Trump, risquent de se rendre plus massivement aux urnes que les électeurs Républicains désabusés. Avec comme dommage collatéral possible la perte de la majorité au sénat pour les Républicains.

Dans ce contexte, le débat de Las Vegas s’annonçait comme la dernière chance de Trump. A priori, Clinton n’avait qu’à éviter toute gaffe majeur pour s’assurer de la victoire finale. Chris Wallace, le journaliste vedette de la très controversée chaine de télévision ultraconservatrice Fox News, allait  jouer le rôle d’arbitre de ce dernier face à face. 

Rien ne va plus.

Pour couronner cette campagne surréelle, je me suis de nouveau rendu dans le bar/patio où j’avais regardé le second débat. Une foule encore plus compacte, jeune et Démocrate s’était rassemblée dans le gigantesque patio. De nombreuses jeunes filles venues avec leurs chiens ont passé le plus clair du débat à prendre des selfies et parler de leurs animaux de compagnie respectif, ce qui provoqua un certain bruit de fond et rendit inaudible une partie des propos de Trump lors des premiers échanges. Les encouragements de la foule et applaudissement ont masqués certains points critiques.

Mon impression initiale pourrait se résumer en une victoire sans appel d’Hillary, mais bien conscient de la nature biaisé de mon ressentis, je me suis forcé à lire la retranscription complète du débat le lendemain. Ce qui suit constitue donc mon point de vue à la lumière de ces deux expériences.

Un mot sur l’audience et le modérateur

Lors des principaux débats des primaires, en particulier du côté républicain, l’audience présente sur le plateau télévisé pouvait participer, sous la forme d’applaudissement ou de cris. Ce qui donnait lieu à des effets comiques, et avait permis à Trump  de désarmer voir ridiculiser ses opposants en s'appuyant sur les réactions du public.

Lors des débats présidentiels, l’audience est sommée de rester silencieuse. A chaque débat, les modérateurs ont commencé par rappeler cette règle d’or, règle qui fut néanmoins transgressée à plusieurs occasions. Cette soirée ne fit pas exception, le modérateur intervenant à trois reprises pour rappeler les spectateurs à l’ordre. Ce qui prouve bien la contradiction stupide qui consiste à inviter une audience tout en lui interdisant de participer.

Le modérateur jouait gros : sa crédibilité vis-à-vis de sa profession (les journalistes de Fox News étant rarement pris au sérieux) et celle de sa chaine. Force est de constater qu’il s’en est très bien sortis. En particulier, il a interrogé les candidats de façon impitoyable, faits à l’appui et rappelant systématiquement à l’ordre les candidats lorsqu’ils tentaient d’éluder une question. Mon principal reproche concerne les thèmes choisit. Rien sur le réchauffement climatique et l’environnement, rien sur la santé. Malgré tout, sa prestation a surement contribué à la qualité supérieure de ce débat.

Place au débat...

1)      La cour suprême et la constitution

Un sujet vaste et ennuyeux mais capital : aux Etats-Unis, la cour suprême, garante de la constitution, est formée de 9 juges nommés à vie par le président et le sénat. Historiquement, cette cour a toujours été à majorité républicaine,  mais depuis la mort du juge républicain Mr Scola, il y a un siège vacant qui sera remplacé par le vainqueur de la présidentielle. Si Clinton l’emporte, la cour suprême passera potentiellement  à  5 démocrates pour 4 républicains, ce qui permettrait, en premier lieu, de faire passer le plan anti réchauffement climatique ambitieux proposé par Obama et rebuté par le congrès républicain. Une affaire qui nous concerne tous, donc,

Dans ce contexte, les candidats devaient exprimer leurs positions vis-à-vis de la constitution, de la cour suprême puis sur deux sujets sur lesquels la cour suprême a eu à trancher dans le passé récent : les lois sur le contrôle des armes à feux et sur le droit à l’avortement.

Personnellement, j’ai trouvé Trump brouillon et simpliste, Clinton excellente. Sur l’avortement, elle a prononcé deux tirades particulièrement convaincantes, se portant en héraut du droit des femmes et témoignant d’une réelle empathie envers les mères contraintes à l’avortement, tout en matraquant l’idée (chère aux républicains) que l’Etat Fédéral n’avait aucun droit d’intervenir dans la décision aussi intime.

Les cris de joie de l’assistance (du bar, pas de la TV), en particulier des jeunes femmes, fut assez émouvant.

Cependant, sur les armes à feux et la cours suprême en général, Trump a pu articuler très clairement sa positon conservatrice, conduisant les observateurs à penser qu’il avait débuté le débat en force.


2)      L’immigration

Clinton passe à l’offensive, attaque Trump personnellement (« vous n’avez pas osez parler de votre mur lors de votre visite au président mexicain ») et au niveau des idées avec la proposition de déportation massive d’immigrés, parlant de bus et de trains remplis de gens arrachés par les forces de l’ordre dans les écoles et les entreprises avant de conclure que cette vision ne correspondait pas à l’identité de l’Amérique. Elle marque des points mais Trump ne se défile pas, et rétorque que Clinton va régulariser tous les sans-papiers, ce qui va encourager une immigration massive. Clinton lui répond que les immigrés clandestins qui travaillent contribuent à la pression négative sur les salaires des américains, avant de souligner avec brio que Trump a construit ses tours avec de la main d’œuvre clandestine. Trump tic mais ne fléchit pas.  Il balance la phrase ayant fuité de Wikileaks où Clinton parle de son rêve d’un monde sans frontière.

Les choses s’enveniment. Le modérateur en profite pour interroger Clinton sur cette phrase. Elle bascule rapidement sur la Russie qui est responsable des piratages informatiques et que Trump a encouragé au lieu de la condamner. Elle presse Donald Trump de dénoncer les actions russes. Son revirement est parfait. Trump le lui dit clairement : «  joli pivot, mais je veux revenir à son rêve de monde sans frontière ». Ironique car ce type de manœuvre constitue la marque de fabrique du milliardaire (il s’en servira à deux reprises plus tard dans le débat). Il ne lâche rien, attaque Clinton sur les frontières et l’immigration massive, et en rajoute en l’accusant de nouveau d’avoir encouragé les traités de libre échange qui auraient démantelé l’industrie américaine.

Le débat s’échauffe, on s’interrompt… Le modérateur finit par revenir sur la Russie.

Trump : « Poutine n’a aucun respect pour elle »

Clinton : « c’est sûr qu’il préférerait avoir une marionnette comme président des USA »

Trump : « Pas de marionette. C’est toi la marionette ».

Pour la première fois, Trump perd son calme et commet une faute après ce splendide coup droit expédié par Clinton. Quelques minutes plus tard, il interrompt une réponse de Clinton par son désormais célèbre « Wrong » qu’il faut avoir entendu pour comprendre à quel point il provoque l’hilarité des spectateurs (en tout cas, des démocrates autour de moi).

3)      L’économie

Sur ce sujet, Trump est plus à l’aise et parvient à conserver son calme. Aidé par la vision légèrement conservatrice du modérateur qui, par exemple,  présente le plan de relance d’Obama comme un raté. Clinton part avec un handicap lorsqu’elle doit expliquer (avec raison selon les économistes) que le plan de relance a sauvé l’économie américaine.

Le milliardaire  bénéficie d’une tache plus simple.  Il fustige efficacement les traités de libre-échange et les augmentations d’impôts de Clinton. Le modérateur n’est pas tendre avec lui pour autant, taxant son projet d’irréaliste.

Dans l’échange qui suit, Clinton est de nouveau mise à mal sur ses anciennes positions vis-à-vis du traité de libre-échange NAFTA et du traité en cours de négociation avec l’Europe qu’elle a d’abord soutenu (comme en témoigne les emails de Wikileaks) avant de le condamner (suite à la campagne des primaires contre Bernie Sanders). Elle ressort de cet échange affaiblie.

Trump lui fait tout de même un cadeau en l’attaquant de nouveau sur son bilan après trente ans de politique. Hillary Clinton délivre une réponse qu’elle avait dû lire (comme moi) sur un blog démocrate une semaine auparavant, mais néanmoins redoutable :

« Dans les années 70, je me suis battue contre la discrimination des  enfants issues des minorités  à l’école, pendant que Donald était traduit en justice pour discrimination raciale dans son entreprise. Dans les années 80, je me suis battu pour les réformes scolaires en Arkansas, pendant qu’il empruntait 14 millions de dollars à son père. Dans les années 90, je suis allé à Pekin dire que les droit de l’Homme devait s’appliquer également aux femmes, et lui a insulté une miss Univers, la traitant de machine à bouffer… »

Trump interrompt : « give me a break »

“… et le jour où j’étais dans la salle d’opération à superviser la capture d’Oussama Ben Laden, il animait l’emission de téle réalité « the apprentice ». Alors oui, je serais heureuse de comparer nos trente dernières années. »

Ce coup d’éclat inverse la tendance du débat qui semblait, selon les analystes, sourire à Trump.


4)      La capacité à être président

Voici le tournant de la soirée.

Premier sujet abordé, les fameux propos sexistes de Donald Trump. Clinton, visiblement  inspirée par le discours de Michelle Obama, se lance dans une longue tirade émouvante qui raisonnera sans doute beaucoup dans le cœur de l’électorat féminin. De plus, elle apparait à cet instant vraiment sincère, ce qui va surement aider les indécis à accepter l’idée qu’elle devienne présidente.

Trump répond par sa phrase célèbre « no one has more respect for woman than I do” qui force le modérateur à intervenir pour rappeler au calme une audience emportée par un fou rire incontrôlable.

Plus loin, Trump renvoi un nouveau « wrong » au nez de  Clinton avant de se ressaisir, en faisant à son tour un joli pivot, renvoyant Clinton à ses emails.

Le scandale de la fondation Clinton  met Hillary de nouveau à mal, Trump s’engouffrant dans cette brèche pour faire des ponts remarquables avec la situation au proche orient. Le Donald reste dans la course, bien qu’il reconnaisse à demi-mots que sa propre fondation a utilisé de l’argent pour financer des procès. Clinton lui renvoi un punch en parlant de l’auto portrait de six mètres sur quatre que Donald avait acheté avec l’argent de sa fondation caritative, avec des termes bien choisit « I mean, who does that ! »

Trump résiste, en remet une couche sur les scandales de Clinton et son incapacité à détruire ISIS et puis…

Les jeux sont faits !

Interrogé sur ses accusations concernant les élections potentiellement truquées, le modérateur lui demande s’il acceptera, en cas de défaite, de reconnaitre la victoire d’Hillary.

« On verra selon les circonstances » dit-il.

Hillary délivre une réponse particulièrement efficace « Je suis horrifié (…) à chaque fois que Donald perd, il accuse le jeu d’être truqué. C’était le cas quand il a perdu un Etat des primaires, quand son université a été jugé frauduleuse, et même quand il a perdu l’Amy Awards de la télé réalité »

« j’aurais dû la gagner » (l’amy awards) interrompt-il, sans parvenir à se maitriser…

Le modérateur,  incrédule, doit de nouveau reprendre l’audience parti en fou rire, avec de demander à Trump de confirmer sa position. Pour la première fois de l’histoire des Etats-Unis un candidat met en doute la démocratie de son pays. On reviendra plus tard sur les conséquences multiples de ses propos.

Trump profite de l’audience qui vient d’applaudir la fin de la tirade de Clinton (nouveau rappel à l’ordre du modérateur) pour riposter avec une attaque redoutable :

 « et l’agent du FBI qui s’est entretenu avec Bill Clinton à l’arrière du jet privé de votre campagne, en plein scandale de vos emails… il faudrait en parler,  je veux dire, on a jamais vu ca ! »

L’audience applaudit de nouveau. Le modérateur reprend la main en développant une nouvelle question.

Trump s’essouffle, et demande (c’est un comble !) qu’on se focalise sur les questions politiques…

Ce segment entier est particulièrement intéressant, de loin le plus captivant du débat.

5)      La politique étrangère


Trump, visiblement mis à mal par les attaques de son adversaire, perd pied petit à petit. Il interrompt souvent Hillary, souffle à deux reprises le mot « wrong » au micro pendant que Clinton argumente des critiques à son encontre et peine à développer des réponses claires pour contrer les positions de cette dernière. Il essaye de reprendre pied en citant wikileaks :

  « John Podesta tient des propos très sévères à votre égard. Et Bernie Sander a dit que vous manquiez de discernement (« bad judgment ») »

« Et bien vous devriez demander à Bernie Sanders qui il supporte comme Président » répond-elle du tac au tac (Bernie Sanders fait campagne pour Clinton dans les swing state depuis plusieurs semaines).


6)      La dette

Le peu de temps restant pour traiter ce sujet ne laisse place qu’à quelques échanges, mais présente un dernier fait notable. Au sujet  de la sécurité sociale, Clinton explique qu’elle paye des impôts et que ses impôts vont devoir augmenter pour compenser la hausse des coûts de la sécurité sociale « ainsi que ceux de Donald, s’il ne parvient pas à échapper de nouveau à l’impôt » Trump l’interromp :  « such a nasty woman ». Hillary poursuit comme si de rien n'était. Trump semble avoir perdu son self contrôle, et cette remarque que l’on pourrait traduire par  « qu’elle horrible bonne femme » risque de lui coûter cher auprès de l’électorat féminin.


Conclusion du débat.

Chris Wallace ne manque pas d’humour, et improvise une dernière question. Il propose aux candidats d’expliquer en une minute pourquoi les américains devraient voter pour eux. Hillary Clinton clos sur un message positif, optimiste, rassembleur. Trump à l’inverse, mélange les propos alarmistes aux reproches adressés à son adversaire avant de conclure par « on ne peut pas avoir 4 ans de plus d’Obama, et avec elle, c’est ça qu’on aura ».

Petit hic, Obama est à 53% d’opinions favorables, le plaçant parmi les plus populaires présidents sortant de l’Histoire des Etats-Unis.


Les vainqueurs :

1)      Wallace

Le modérateur de Fox News a posé des questions difficiles, sans compromis et sans lâcher ses interlocuteurs. Il a tenu l’audience et la dynamique du débat, probablement aidé par un Donald Trump qui semblait vouloir parler des sujets de fonds, pour une fois.

2)      Clinton 

Si Trump a signé sa meilleure performance des trois débats (il partait de loin), Hillary Clinton semble avoir réalisé le triplé. Grace a quelques sorties brillantes résumées plus haut et par comparaison avec son adversaire qui a peu à peu perdu son calme, ne parvenant plus à articuler aussi efficacement sa pensé et  commentant de nombreuses erreurs de style, comme nous venons de le voir.

Les perdants :

1)      Trump

Le candidat républicain n’est pas parvenu à mettre sérieusement en difficulté son adversaire. Sa première demi-heure lui a permis d’affirmer des positions très conservatrices (sur les armes à feux et l’avortement notamment) qui devrait lui faire gagner quelques votes républicains, mais son refus de reconnaitre la victoire de son adversaire est un véritable coup de tonner qui devrait (normalement) refroidir les centristes et conservateurs d’habitude très attachés aux principes constitutionnels. Sans oublier le fait que cela va faire les gros titres pendant une semaine et alimenter des centaines d’heures de couverture médiatique négative à son égard, un mal dont sa campagne se serait bien passé !

2)      Le partis Républicains

Le GOP risque de devoir de nouveau s’expliquer sur les propos de Trump concernant l’élection, au risque de perdre toujours plus de terrain dans les élections sénatoriales. Ne pas condamner ses propos serait inexcusable aux yeux de la presse et du grand public, mais risque de couter les votes de certains supporters de Trump.

3)      L’Amérique

La position ambiguë de Trump et son potentiel refus de reconnaitre sa défaite risque de provoquer des tensions, que ce soit le jour du vote ou lors des semaines qui suivront. L’Amérique n’a pas fini de faire les frais de la candidature du Donald, quel que soit l’issue des élections.





vendredi 14 octobre 2016

Compte rendu second débat élections américaines

Les jeux du cirque

Les médias américains promouvaient ce deuxième débat comme s’il s’agissait d’un grand match de boxe. Pourtant, le format question réponse avec un panel d’électeurs indécis devait permettre d’assister à un engagement indirect où chaque candidat défendrait ses idées en répondant aux citoyens présents dans la salle. Historiquement, ce format permet aux candidats de démontrer leur empathie tout en abordant des problèmes concrets qui touchent les américains. Dans cet exercice, Clinton semblait largement favorite. De par son expérience, sa nature et son empathie naturelle que ses proches lui prêtent et qui ne ressort pas nécessairement lors de débats traditionnels.

Au lieu de cela, le débat tourna à un véritable affrontement de gladiateur, incitant les commentateurs à le qualifier de pire évènement politique de l’histoire des Etats Unis.

Si la décision des journalistes américains de soumettre les deux candidats à des questions posés par des  électeurs via facebook, en plus des membres de l’audience, n’a pas aidé a respecter le format qui se voulait plus une discussion entre les candidats et l’audience qu’un affrontement, c’est avant tout le contexte particulier qui a conduit à cette véritable tragédie démocratique.

Le contexte :

Malgré la performance scénique de Pence, le colistier de Trump déclaré vainqueur (dans le style) du débat vice présidentiel, le candidat républicain continue de chuter dans les sondages.

48 heures avant le débat, une bombe éclate dans la presse. Il s’agit d’une vidéo datant de 2005 dans laquelle Donald Trump se vante de la facilité avec laquelle il couche avec les femmes, même mariés, dans des termes particulièrement vulgaires (« je les attrapes par la chatte »). Le scandale qui s’ensuit pousse de nombreux cadres du parti républicain à retirer leur soutien à Donald Trump tout en lui demandant d’abandonner la campagne. Alors que le camp Clinton s’efforce de garder le silence, après avoir vivement condamné la vidéo, le camp Républicain se déchire. Les grands médias passent la vidéo en boucle et laissent entendre que la première question du débat aura pour sujet cette fameuse vidéo.

Dans de telles circonstances, il m’est apparu approprié d’aller visionner ce second débat dans un bar, le Axelrad Beer Garden.

Quarante bières artisanales à la pression, une centaine en bouteilles, deux food truck, un gigantesque patio où se sont regroupé environ deux cents personnes et deux caméras de télévision locale, les conditions me paraissent idéales pour une expérience hors du commun.

Les organisateurs offrent une pinte à chaque personne s’inscrivant sur les listes électorales sur place. Difficile de trouver une chaise ou un hamac de libre pour suivre le débat sur l’écran géant. Pourtant, à 8h00, les candidats entrent dans l’arène, l’assistance se tait et la joute commence.






20 irréelles premières minutes.

La seconde question du débat a trait à la fameuse vidéo. Trump produit des excuses rapides et peu convaincantes avant de se lancer dans une ellipse qui le conduit en dix secondes à parler du terrorisme et d’ISIS. Il cite 6 fois le nom de l’organisation terroriste, le reste m’échappe un peu, le public exprimant autour de moi sa consternation. Les deux minutes épuisés, Clinton intervient pour asséner une réponse parfaitement préparée qui vise à démontrer à quel point la vidéo montre la vrai nature de Donald Trump et prouve (après avoir rappelé tous ses commentaires racistes, xénophobes et sexistes) qu’il n’est pas capable de remplir la fonction présidentielle.

Le modérateur presse un peu plus Trump de s’expliquer sur la vidéo, il affirme alors « avoir le plus grand respect pour les femmes » (tonnerre de rires moqueurs dans l’assistance autour de moi) avant de s’en prendre à Bill Clinton pour ses problèmes avec les femmes et Hillary, pour avoir combattu les femmes ayant intentées des procès pour harcèlement sexuel à Bill Clinton « la vidéo ce sont des propos de vestiaires, uniquement des mots, alors que dans le cas de Bill Clinton il s’agit d’actes »).

Dans les échanges qui s’ensuivent, Trump parle de nouveaux de terrorisme, répondant complètement à côté des questions, refusant d’admettre plus de tords et attaquant Clinton sur les échecs de sa politique. Les modérateurs tentent de le forcer à reconnaitre la gravité de ses propos. A ce moment, il semble que Donald est sur le point d’imploser.

La seconde question, concernant la réforme d’assurance santé, posée par un membre du publique, arrive à point nommé pour hausser le niveau et calmer des échanges de plus en plus virulents.

Une fois de plus, Hillary Clinton marque des points, démontrant sa maitrise du sujet et son empathie envers la personne ayant posé la question, se rapprochant du publique pour y répondre. Trump se place alors dans son dos dans une attitude menaçante, en attendant son tour. Il fustige la réforme d’Obama avec de grands superlatifs sans proposer quoique ce soit de concret. Les modérateurs le presse de donner plus de détails, il évite la question et attaque de nouveau le bilan d’Hillary.

Le débat dure depuis vingt minutes, l’attention de l’assistance se relâche (pourtant, il s’agit bien de leur couverture santé, me fait-on remarquer) et il semble que Hillary est sur le point de plier le débat.

Le tournant

Nouvelle question, sur le « scandale » des emails d’Hillary. Trump, dont l’agressivité, corporelle et linguistique, ne cesse d’augmenter, se jette sur l’occasion. Hillary se défend un peu moins bien que prévu, puis Trump reprend la parole, disant « je ne voulais pas en arriver là, je le regrette,  mais je vais devoir le dire (la tension dans le bar est alors à son comble, l’assistance frissonne), si je suis président je nommerais un ministre de la justice qui appointera un juge pour enquêter spécialement sur votre situation, car il n’y a jamais eu autant de mensonges dans l’histoire, autant de malversations, et on aura un juge spécialement pour vous»

Hillary, incrédule devant une menace anticonstitutionnelle, interrompt « et bien, c’est heureux que ce ne soit pas un homme au tempérament aussi instable que Donald Trump qui soit responsable des lois dans notre pays »

« Oui, parceque vous seriez en prison » (because you’ll be in jail)

Cette interruption provoque un tonner d’applaudissement dans l’audience sur le plateau (pourtant sommée de rester silencieuse) et de rires et exclamations plus « sarcastiques » autour de moi.

Le débat change ensuite de sujet, mais à partir de ce moment, Trump va parvenir à se contenir tout en lançant des attaques incessantes et virulentes en direction d’Hillary. Cette dernière va apparaitre plus sur la défensive, cherchant à conserver son calme et à se focaliser sur le public.

La performance de Trump

Suite à ce « tournant »,  Donald Trump va parvenir à conserver un certain calme et être capable d’articuler de nombreuses critiques envers son adversaire, tout en conservant une attitude agressive (à un moment j’ai eu peur qu’il agresse physiquement Hillary Clinton, à un autre que cette dernière craque psychologiquement). Sa stratégie déroutante semble avoir quelque peu payée : au lieu de s’efforcer de répondre aux questions, il se contente très souvent d’attaquer son adversaire, lançant jusqu’à quatre critiques sur quatre sujet distinctifs en une intervention. Cela place Hillary dans une double difficulté, elle doit choisir entre réfuter et argumenter pour se défendre sur 4 points complètement déconnectés (la Russie, l’accord avec l’Iran, sa carrière politique et son soutien à la guerre en Irak en 2002) tout en devant pointer du doigt les mensonges de Trump qu’il vient de proférer (le fait qu’il était contre la guerre en Irak), sachant qu’aucun de ses sujets n’est réellement en lien avec la question d’origine (la Syrie). Ou simplement expliquer que tout ce que Trump vient de dire n’est que mensonge et fausse allégations vérifiable sur internet, avant d’expliquer son plan pour la Syrie.

Non seulement cest particulièrement exigeant en terme de concentration et de capacité intellectuelle et demande un certain contrôle de soit (alors que Trump vient d’utiliser des mots très dure comme « elle a mentit au sujet de… » et « celle-là n’a rien fait pour le pays), mais cela rend difficile le fait d’articuler une réponse complète et pertinente à la question initialement posée.

A de nombreuses occasions, le procédé se répète. Trump lâche attaque sur attaque, proférant au passage des aberrations (les Etats Unis est un des pays ou l’on paye le plus d’impôt, Elle veut les augmenter pour tout le monde) et Clinton peine à articuler une réponse convaincante.

Bien qu’il n’ait à aucun moment fournit de détails sur ses propres plans, il s’est avéré très efficace dans la critique de son adversaire.

Son attitude très agressive, le fait qu’il se soit placé à mainte reprise dans le dos d’Hillary Clinton, qu’il l’ait pointé du doigt avec irrespect, qu’il n’ait pas réellement engagé les personnes posant les questions, tout cela devrait laisser une impression très négative à son sujet. En particulier chez les femmes. En ce qui me concerne j’ai été par moment choqué par la violence subconsciente communiqué envers Hillary Clinton, à tel point que j’avais peur qu’elle finisse par craquer (il n’en a rien été).


La performance de Clinton 

Elle s’est montrée plus calme et tournée vers les membres de l’audience. La qualité de ses réponses a baissé au fur et à mesure du débat, en partie je pense par usure psychologique. Elle a manqué de répartie tandis que Trump a pu habillement tourner au ridicule certaines de ses lignes de défense (sur ses discours aux banques de wall street en particulier). Elle a eu de belles opportunités d’attaquer son adversaire, qu’elle a choisi de ne pas utiliser, et à eu du mal à convaincre de ses propres convictions.

Sa maitrise corporelle jouera probablement en sa faveur. Sa répartie un peu moins.


Vainqueurs et perdants :

Encore une fois, la démocratie et le public en général ne sortirons pas grandi de ce débat dont le niveau fut à tout point  « déplorable ». Personnellement, je suis effaré par la qualité particulièrement faible des questions du public, par la facilité avec laquelle Trump s’est appliqué à ne pas y répondre (les modérateurs lui demandant plusieurs fois d’y revenir, ce qui lui permit de bénéficier de plus de temps de parole sans pour autant répondre à la question) et la quantité de « mensonges » proférés par ce dernier (Clinton a commis des exagération, tandis que Trump est allé jusqu’à nié des choses qu’il avait dit lors d’interventions télévisés).

Les commentateurs politiques me déçoivent également, se contentant souvent de critiquer le style (et donc de déclarer un match nul) plutôt que le fond. Sur ce plan il est évident qu’Hillary l’emporte, mais ce qui compte est bien entendu la perception des gens. Seront-ils effarés par le manque de contenu des réponses de Trump et rebutés par son style agressif, ou seront-ils conciliant et séduit par la simplicité de son message et sa répartie ?

Ce qui ressort le plus des commentaires que j’ai pu lire est que Trump a énergisé sa base électorale et évité la catastrophe, tandis qu’Hillary a manqué une opportunité de faire de même avec la sienne ou de mettre son adversaire KO. Elle est néanmoins apparue une fois de plus comme bien plus compétente et présidentiable, un point important pour convaincre les électeurs indécis.

La menace de Trump de mettre en prison Hillary n’est pas à prendre à la légère. Elle ravira tous les détracteurs de Clinton qui voient dans le scandale des emails (injustement martelé par la presse pendant des mois malgré l’absence de délit) la preuve de la corruption de Washington. Mais c’est du jamais vu dans la vie politique démocratique, une négation de la séparation de la justice et de l’état qui rapproche Trump d’un dictateur.

On verra dans quelques jours ce que les sondages d’opinions produiront, pour l’instant Hillary est confortablement en tête. Mais la question cruciale, sauf nouveau rebondissement imprévu, sera de savoir si les électeurs de chaque camp iront voter. Les fidèles de Trump se déplaceront, les démocrates peu enchantés par la candidature d’Hillary, c’est moins sûr.



Le mot de la fin :

Après 90 minutes dans l’arène, la dernière question fait redescendre la pression : pouvez-vous citer une qualité chez votre adversaire.

Clinton choisit une réponse conformiste : elle mentionne les enfants de Donald Trump, qui sont tout à son honneur.

Trump, bien plus inspiré, obtient le dernier mot avec sa réponse : «  c’est une battante, elle ne renonce jamais et je respecte ca »

PS :Mon blog favori, wait but why, vient de mettre en ligne une version humoristique du script du débat, qui je dois le reconnaître, n’est pas aussi éloigné que je le souhaiterais de la réalité (bien que le critique d’Hillary est à mon sens poussée au maximum pour conserver l’effet comique).





mercredi 12 octobre 2016

Compte rendu: débat des vice présidents - élections américaines 2016

Vicieux vice présidents


Je continue ma chronique avec un court message pour revenir sur le débat des colistiers (vice-président potentiels) de chaque candidature ou « ticket ».

Résumé des épisodes précédents :

Le premier débat télévisé a tourné unanimement à l’avantage d’Hillary Clinton qui est parvenue à exposer les défauts de son adversaire sans renter dans un débat d’idée.

Trump, fidèle à lui-même, s’est enfoncé tout seul dans les pièges tendu par Hillary, pendant mais surtout après le débat.

1)      Clinton a utilisé l’exemple d’un article d’investigation du New York Times pour supposer que Trump n’avait pas payé d’impôts depuis dix-huit ans grâce à des montages financiers (légaux). Ce à quoi Trump avait répondu spontanément « that makes me smart ».

2)      Clinton avait pointé du doigt une citation de Trump où il se réjouissait de l’effondrement du marché immobilier survenu lors de la crise des surprimes de 2009. « It’s called business » avait-il répondu du tac au tac.

3)      Trump refuse de divulguer ses déclarations d’impôts, une coutume suivie par tous les candidats depuis Nixon (y compris Hillary), ce qui permet de spéculer sur les raisons de son refus (pendant le débat Hillary supposait qu’il n’était pas aussi riche qu’il le dit, ou qu’il donnait moins aux oeuvres caritatives qu’il le prétend, ou encore qu’il a des conflits d’intérêt du fait de ses investissements en Russie…)


Des éléments repris par les médias toute la semaine, et que Trump s’est efforcé de justifier sans les démentir ni faire de mea-culpa (« c’est normal d’exploiter les failles du code des impôts, et c’est d’ailleurs bien la preuve qu’il faut réformer la fiscalité »).

Dernière polémique, Clinton l’a attaqué sur la façon dont il traite les femmes, et en particulier une fameuse miss Univers que Trump aurait traité de « fat pig ». Trump s’est justifié sur CNN :  « elle avait du mal à contrôler son poids après avoir gagné le concours, pour moi en tant que président de Miss Univers c’était un vrai problème ». Tollé.

Donc l’après débat a fait encore plus de mal à l’image de Trump que le débat lui-même, toutes ces polémiques étant du pain bénit pour les médias américains. Résultat : un coup d’arrêt fantastique à la campagne de Trump. Les sondages le donnait au coude à coude avec Hillary (46%-44%), il vient de reprendre les 6 points de retard qu’il avait fin Juillet. Le baromètre du New York Times qui donnait 33% de chance (2 contre 1) à Trump est redescendu à 19% de chance (4 contre 1).

Dans ce contexte catastrophique pour la campagne de Trump, et ce formidable retour à la réalité concédé par les journalistes après avoir été témoin de l’écart de sérieux et de compétence entre les deux candidats, avait lieu hier le débat entre les deux colistiers.

Kaine, gouverneur de la Virginie et Pence, sénateur de l’Indiana et implacable conservateur connu pour ses vues réactionnaires (anti-avortement) et sa rigueur budgétaire (utilisé pour justifier la fin des programmes d’aide sociale). Deux inconnus du grand publique face à face.

Verdict : Un débat a peine regardable. Kaine  a constamment attaqué Pence pour le forcer à défendre les propos indéfendables de Trump (en particulier, le fait que le monde serait plus sur si l’Arabie Saoudite, la Coré du Sud et le Japon se dotaient de la bombe nucléaire, les insultes envers les mexicains et les femmes, les propos racistes concernant un juge d’origine mexicaine, son admiration pour Vladimir Poutine et son refus de rendre ses déclarations d’impôts publique). Contrairement à Trump, Pence est un politicien aguerri. Il a su afficher un calme et une maitrise de soi parfaite pendant tout le débat,  refusant de répondre aux questions de Kaine et se contentant d’attaquer Hillary et Obama sur leur bilan, tout en accusant Kaine de faire une campagne « insultante ». Un comble. Il a « nié » a mainte reprise les propos de Trump.

Kaine est apparu nerveux et agressif, interrompant sans cesse son adversaire à la stature bien plus calme. Imaginez un intellectuel brillant tentant de déstabilisé un parfait hypocrite qui répond avec le sourire à chaque attaque par « non, c’est faux. Et même si c’était vrai, vous êtes pire ».

Sur le fond, Kaine a gagné à plat de couture le débat, démontrant essentiellement que Trump était indéfendable. Mais sur la forme, il est apparu particulièrement antipathique, et peu mesuré. Récitant des attaques apprises par cœur tandis que son adversaire niait les propos de Trump et ses propositions (comme la déportation des immigrés sans papiers). La modératrice se refusant à pointer les énormes mensonges ou déni de réalité du républicain.

Conclusion : Pence vainqueur, grâce au style. Mais cette victoire  le dessert plus lui-même et sa future candidature (en 2020 ?) que son chef Donald Trump.

Les débats des colistiers influencent rarement les électeurs et sont peu suivis. Malheureusement, par sa performance maitrisée, Pence a pu rassurer son camp et potentiellement mettre un frein à la débâcle de la campagne de Donald Trump.

Prochain débat Dimanche soir : Hillary Clinton et Donald Trump répondront au questions d’un panel d’électeur « indécis ».  Trump peu complètement exploser en vol dans cet exercice (il n’est pas particulièrement connu pour son empathie ou ses qualités d’écoutes) mais s’il parvient à conserver une attitude mesuré comme Pence face à Kaine, il pourra marquer des points importants avant l’ultime débat. 

dimanche 9 octobre 2016

Elections Américaines: stupeur et tremblement

Elections Américaines: stupeur et tremblement


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La campagne fait rage depuis des mois et vient d’entrer dans sa dernière ligne droite. Au programme : trois débats télévisés et une quarantaine de jours de campagne avant le grand soir du 8 novembre. Ce lundi, pas moins de 100 millions de téléspectateurs sont attendus pour le premier débat télévisé.

Et pour cause. L’enjeu est de taille, que ce soit pour les américains ou les citoyens du monde. Comme nous allons le voir, les candidats sont loin de faire l’unanimité et présentent tous deux des risques non négligeables.

Je vous propose de revenir sur le déroulement de la campagne tel que je l’ai vécu (le comment) avant de détailler quelques éléments clés des « programmes » des candidats et d’avancer certains explications (le pourquoi) et enseignements divers. J’ai divisé ce texte en paragraphes afin de rendre la lecture plus facile aux moins patients.


Introduction : la douche froide :

A un peu moins d’un mois du jour j, Donald Trump remonte dans les sondages et semble peu à peu combler son retard. Le simple fait qu’un raciste et populiste sans aucune expérience politique soit encore dans la course à la présidence des Etats-Unis est une véritable douche froide, une mauvaise blague à laquelle de nombreuses personnes, Démocrates comme Républicains, ont du mal à croire.

Il est utile de rappeler que le milliardaire et candidat républicain a fait campagne en aliénant tous les groupes sociaux culturels des Etats-Unis (noirs, musulmans, hispaniques, femmes, journalistes, intellectuels) à l’exception d’un seul : la classe ouvrière blanche. Il s’est contredit un nombre incalculable de fois, a fait des allers-retours sur de nombreuses positions critiques et a prononcé des phrases incroyablement choquantes (allant jusqu’à inciter ses partisans à assassiner Hillary Clinton).

Comment en est-on arrivé là ?


Première partie : chronologie de la campagne présidentielle


1)     Primaires démocrates

Les primaires démocrates mériteraient certainement qu’on s’y attarde, mais mon manque de connaissances sur le sujet me pousse à les résumer en quelques lignes.

L’appareil politique du parti ayant choisi depuis longtemps Hillary Clinton comme candidat favori, seul le vieux Bernie Sanders, unique sénateur américain à oser se déclarer socialiste (un terme péjoratif aux Etats-Unis) challengea l’ancienne première dame. Plaidant pour une augmentation significative du salaire minimum, des taxes élevées sur les riches et la classe moyenne supérieure, le contrôle de Wall Street et l’éducation et la santé gratuite pour tous, il provoqua une vague d’enthousiasme sans précédent à travers la jeunesse américaine éduquée. Tandis qu’Hillary faisait campagne dans les salons des puissants, engrangeant des millions de dollars de donation de la part des grandes entreprises et lobbys, Bernie battait des records de financement grâce aux petits donateurs individuels. Un vent de révolte soufflait contre « l’establishment ». Cela força Hillary à adopter certains points du programme de Bernie Sanders et de faire campagne plus à gauche. Finalement, l’intellectuel socialiste Sanders ne parvint pas à convaincre les noirs et hispaniques de voter pour lui et dû s’incliner après une campagne bien plus serrée que prévu. Il semble que ce soit plus par peur de Trump que par adhésion à sa campagne que les électeurs démocrates aient choisi Hillary Clinton. Sélectionner le meilleur candidat pour battre l’adversaire, stratégie vouée à la défaite ? 


2)      Primaires républicaines

Les choses sont bien plus comiques à droite. Ayant pris note des deux dernières claques infligées par Obama à John Mac Cain (2004) et Mit Romney (2008), le parti républicain avait sorti un rapport recommandant de chercher à séduire les classes populaires et les minorités (femmes et gens de couleur). Pour ce faire, ils avaient ouvert au maximum la primaire, même si tout le monde s’attendait à voir triompher le candidat de l’establishment : Jeb Bush (frère de l’infâme W). Seul hic : un magnat de l’immobilier, milliardaire ayant la fâcheuse tendance à coller son nom sur tout ce qu’il fabrique (des steaks aux hôtels 5 étoiles), producteur de Miss Univers, Miss America et présentateur du TV show « the aprentice » décida de se présenter également.

Donald Trump plaçait les Républicains devant un choix cornélien : le laisser participer à la primaire au risque d’embarrasser le parti, ou lui en refuser l’accès et courir le risque qu’il se présente comme candidat indépendant à la présidentielle (ce qui aurait ruiné les chances de victoire républicaine). Persuadé que sa candidature allait imploser en quelques semaines, il fut décidé de le laisser participer à la primaire, et donc aux 12 débats télévisés.

Son entrée dans la course débuta par un discours remarqué dans lequel  il traita les mexicains sans distinctions de « violeurs et bandits » et promit de construire un mur en béton de 2000 km de long entre le Mexique et les Etats Unis pour les empêcher d’envahir le pays. Quant aux 11 millions d’immigrés illégaux déjà présents sur le sol américain, il promit de les déporter tous.

Ces déclarations provoquèrent un tollé et les médias commencèrent à se battre pour l’interviewer. Pendant les débats télévisés, il élimina un à un ses concurrents en utilisant une arme particulièrement puissante : la moquerie. Jeb Bush fut affublé du surnom « mou » (low energy Jeb), dont la mollesse de la réponse le condamna immédiatement. A la seule femme candidate, il dit en plein débat « vous êtes bien trop moche pour être présidente »… et ainsi de suite. A chaque sortie, plus de publicité dans les médias et de controverse dans la presse. Les humoristes se frottent les mains, repassant les clips où il apparait comme un imbécile « je connais des tas de mots, en fait, j’ai les meilleurs mots », où il pose devant 200 Trump Steack pour prouver que non, ses entreprises ne font pas faillite… je vous en passe.

Profitant de son statut de milliardaire (« je sais comment marche l’économie ») et de « gagnant », il caracole en tête des sondages. Les autres candidats jettent l’éponge un à un. Lorsque les élections dans les premiers états débutent, il termine en tête avec 25 % des voix. Divisés, les opposants républicains se tirent dans les pattes. Lui continue de s’illustrer par de nouveaux scandales : il explique en direct qu’une journaliste présente sur le plateau lui a manqué de respect, « sûrement parce qu’elle devait saigner de son truc, vous savez ? », refuse de participer à un débat organisé par Fox News parce que la fameuse journaliste incriminée anime la soirée, promet de faire payer son fameux mur par le Mexique et lors d’un débat mémorable, accuse l’ex président mexicain de « manquer de respect ». « Je n’ai jamais utilisé le F word, il est irrespectueux, et vous savez quoi, non seulement je vais construire le mur et faire en sorte que le Mexique paye les travaux, mais en plus le mur vient de grandir d’un bon mètre ». Tonnerre d’applaudissements dans le public. Car les débats télévisés républicains, diffusés devant une audience, tournent vite à la comédie.

Lors des deux derniers mois des primaires, les adversaires de Trump sont encore trop nombreux et trop clivants pour espérer l’emporter. Un chirurgien retraité qui invoque Dieu à chaque intervention, l’ultraconservateur sénateur du Texas Ted Cruz, le jeune loup cubain et sénateur de Floride Rubio et le modéré et parfait inconnu sénateur de l’Ohio. A l’exception du dernier, personne ne semble contester Trump sur sa politique de déportation de 10 millions d’immigrés et ne l’attaque de front sur son mur. Les candidats veulent tous réduire les taxes sur les 1% les plus riches et supprimer Obamacare, la réforme de santé qui a fourni l’accès aux soins à 20 millions d’américains, pour la remplacer par « something great » se contente d’expliquer Donald Trump.

Les attaques des républicains sont timides car, pour caricaturer, Trump se contente de dire tout haut ce que le parti républicain s’est efforcé de sous-entendre depuis des années :  rejeter tous les maux de la société sur les immigrants, les gens de couleur et les démocrates. Du coup, au lieu de lui reprocher ardemment de vouloir bannir l’accès au sol américain à tous les musulmans (mesure aussi anticonstitutionnelle qu’inapplicable – comment reconnaitre un musulman d’un laïc ?  ) ils l’attaquent sur le fait qu’il n’est pas un vrai conservateur. Trump remet en cause le libre-échange, veut imposer des droits de douane pour se protéger des « chinois et des mexicains qui volent les emplois américains », refuse de soutenir Israël (il se dit neutre), et se moque ouvertement de John Mac Cain, héros de la guerre du Vietnam ayant subi la torture, en déclarant : « les vrais héros ne se font pas capturer ».

Alors qu’il creuse l’écart dans la course aux délégués, les élites du parti républicain se réveillent et tirent le signal d’alarme. Mit Romney fait un discours argumenté qui vise à démonter la candidature de Trump. Celui-ci le balaye d’un commentaire : « Romney a perdu contre Obama, c’est un looser ». Les donateurs du parti financent des campagnes de publicité anti-Trump et les médias commencent enfin à s’appliquer à démonter chaque mensonge de Trump et souligner ses incohérences. Des choses que les démocrates savaient depuis longtemps sont mises à jour par la presse et discutées lors des débats : Trump fait fabriquer ses produits en chine et emploie des travailleurs immigrés. Son empire serait factice, nombre de ses affaires auraient fait faillite (les SteackTrump) ou bien seraient des arnaques (procès contre la Trump University). Pourtant, ses électeurs républicains n’en ont cure. Parce que aucun des trois derniers opposants ne se décide à lâcher la course à temps, Trump rafle la plupart des Etats où il finit souvent premier, mais jamais avec plus de 40% des votes.

La campagne atteint un plus bas lorsque Trump, en plein débat télévisé, affirme en avoir une grosse. Quelques minutes avant de promouvoir l’usage de la torture.

Tout semblait disqualifier Donald à l’investiture Républicaine : des mariages multiples avec des mannequins russes, un machisme vulgaire, ses interventions clownesques, ses insultes envers les vétérans, les femmes et les minorités. Le refus d’adopter la doctrine économique républicaine, de soutenir Israël ou de divulguer ses fiches d’impositions. Et pourtant, Donald Trump n’est que la conséquence logique d’un parti ayant passé la dernière décennie à attiser la haine raciale envers Obama, la peur de l’immigré et le mépris des faits au détriment des émotions et préjugés. 

Trump ayant gagné les primaires à la loyale, la seule porte de sortie pour le parti Républicain revenait à imposer un second candidat lors d’une convention fermée. Perdre avec honneur la présidentielle ou se ranger derrière Trump ?

Les ténors du parti républicains hésitent. Ceux qui jouent leur réélection aux législatives se rangent derrière Trump, y compris le pauvre sénateur Mac Cain, trainé dans la boue et contraint à ravaler sa fierté pour conserver ses chances de réélection. Ceux qui n’ont rien à perdre refusent d’apporter leur soutien. C’est le cas des Bush, Romney et bon nombre d’intellectuels républicains.

Alors que les conventions des deux partis approchent, les finalistes sont connus et les écarts aux sondages semblent clairs : Hillary possède 8 à 10 points d’avance.

3)      La campagne présidentielle

a) La convention républicaine

Trump a désormais une base de fidèles électeurs à la démographie clairement identifiée : des hommes blancs sans diplôme universitaire. Trump parvient à 40% d’intention de vote (Hillary 48%, les indépendants 12%) grâce aux soutiens de certains républicains modérés qui rejettent Hillary (nous y reviendrons).

Débute alors la convention républicaine, un meeting de 5 jours ayant pour but d’investir le candidat et de rassembler les forces du parti. Seulement voilà, le parti plus que jamais divisé ne suit pas, la plupart des cadres et figures historiques boycottent la convention.

Sur l’estrade, Trump agite le spectre de la peur en invoquant l’augmentation du crime et du risque terroriste. Il fustige les politiques de libre échange qui ont dévasté l’industrie américaine. Rien de nouveau en réalité : un message musclé et autoritaire, la stigmatisation des immigrés et, seule nouveauté, du libre échange et de la corruption à Washington (deux éléments sur lesquels il s’est ironiquement appuyé pour bâtir son empire).

En se plaçant comme candidat antisystème, n’ayant jamais fait de politique, et en fustigeant les politiciens et les médias « tous corrompus et au service des lobbies » son message fait mouche. Qu’importe qu’il ait lui-même encouragé ou profité de tout ce qu’il dénonce pendant toute sa vie de milliardaire. Son cynisme le conduit jusqu’à admettre publiquement (interview fox news) que ses sorties médiatiques sont des stratégies visant à exploiter les médias pour gagner en popularité et couverture médiatique.

Et pourtant, en sortie de convention, les sondages le donne au coude à coude avec Clinton, voir un point devant.

b)  La convention démocrate

Hillary traine de nombreux boulets. Son nom, qui donne l’impression de faire partie d’une dynastie. Les discours et conseils facturés plusieurs dizaines de milliers de dollars aux grandes banques de Wall Street dans les années 2000, son soutien à la guerre en Irak, le fait que les grandes entreprises américaines font parti des principaux contributeurs financiers de sa campagne… Bernie Sanders avait pu lui tenir tête si longtemps car elle représente le Système, alors que Bernie tout comme Trump sont des « outsiders ». Enfin, elle paye les conséquences du scandale des emails. Du temps de son mandat de ministre des affaires étrangères, elle avait utilisé un compte email privé pour traiter des emails relevant de sa fonction. Un peu comme si vous utilisez gmail pour le boulot. Ce qui pose problème lorsque vos emails sont classés secret défense. Une bourde qu’elle paye cher, des milliers d’heures de publicité négative dans les médias américains. Sa gestion de cette crise (déni, nouvelle révélation des enquêteurs, etc…) a contribué à détériorer le peu de confiance que les américains plaçaient en sa personne.

Devant la désunion, le populisme et le racisme affichés lors de la convention républicaine, les démocrates se devaient de montrer leur union et leur compassion. Peu de place accordé au programme et beaucoup à diffuser un message clair : Hillary est quelqu’un de bien, la seule alternative à la haine de Trump. Les discours du Vice-président des Etats Unis et surtout de Michelle Obama furent salués jusqu’au camp républicain. Le tournant fut l’intervention d’un père musulman ayant perdu son fils combattant dans l’armée américaine pendant la guerre en Irak. Intervention durant laquelle il interpelle Trump directement (suite aux propos antimusulmans de ce dernier).

A la sortie de la convention, Hillary creuse de nouveau l’écart dans les sondages.


c)   Trump en chute libre, sauvé par les médias ?

Trump accumule les bourdes : sa réponse au père du militaire musulman est effroyable « moi aussi je me suis sacrifié pour le pays en bâtissant un empire hôtelier » et « vous avez vu comment sa femme est restée derrière lui sans parler, ça ne me surprend pas ». Le journaliste lui répond que la mère du soldat pleurait en continu et n’aurait pas pu prendre la parole. Et dans les jours qui suivent plusieurs sénateurs républicains appellent carrément à voter Hillary.

Second scandale : les hackers russes dévoilent des emails des démocrates, et Trump les remercie et les invite à continuer implicitement  (des propos le rendant en théorie coupable de trahison). Il ne cache pas son admiration pour Vladimir Poutine et se réjouit de son intervention dans les élections américaines. Davantage d’élus  républicains quittent le navire.

Et finalement, devant une assemblée de partisans des armes à feu, il incite implicitement la foule à assassiner madame Clinton.

Trump plonge dans les sondages (-10% d’écart) et perd de plus en plus de soutien. Sa campagne est sur le point d’imploser, mais finalement sa chute dans les sondages s’arrête et l’écart se stabilise, avant de diminuer de nouveau petit à petit.

Première explication : les gens ont la mémoire courte et deux semaines sans bourde supplémentaire (si on excepte le fameux discours adressé aux noirs : « vous vivez dans les pires quartiers, vos enfants vont dans les pires écoles et vous avez le plus gros taux de chômage du pays, qu’avez-vous à perdre à voter pour moi ? ») l’aident à  rebondir légèrement.

Seconde explication : les médias s’efforcent de vendre un match serré, et sous couvert de neutralité traitent les candidats de façon « égale ». De ce fait, le scandale des emails de Clinton est ressorti à chaque fois que Trump fait une déclaration scandaleuse, le refus de ce dernier à divulguer ses feuilles d’impôts est comparé aux secrets des emails d’Hillary Clinton, le prétendu manque de confiance qu’elle inspire est mis en parallèle avec les auto contradictions de Trump. Clinton change d’avis sur le traité de libre-échange avec l’Europe (passant de très favorable à mesurée), le milliardaire fait volte-face deux fois dans la même journée sur la question des 11 millions de déportations (non on déportera pas, en fait si on déportera) et les télévisions nous expliquent que les deux candidats sont au même plan. Donald profère un mensonge aisément vérifiable, Hillary exagère un peu le chiffre du chômage, et les médias traitent les deux informations comme d’identiques affabulations. Hillary avoue souffrir d’une pneumonie et tout le monde remet en cause son honnêteté, tandis que Trump refuse toujours de dévoiler ses fameuses déclarations d’impôts (qui pourraient contenir les preuves de ses liens avec le pouvoir Russe, la non existence de sa fortune ou d’autres choses toutes aussi explosives politiquement). Deux poids, deux mesures…

Résultat : à six semaines de l’élection, les candidats sont au coude à coude dans les sondages…



Soyons honnêtes, la campagne 2016 relève plus de la comédie dramatique que d’un débat démocratique. Pour y voir plus clair, examinons rapidement les programmes.

Celui du candidat républicain ne brille ni par sa clarté ni par ses détails, et fluctue en fonction des interventions.

Pour Trump, la priorité est la lutte contre l’immigration et l’insécurité. En plus du fameux mur et de la déportation des immigrés illégaux (auquel personne ne croit), il promet de gonfler les budgets militaires et de sécurité, envisage de légaliser la torture dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et d’interdire aux immigrants de certains pays de confession musulmane le droit d’entrée sur le sol américain.

Du point de vue de l’économie, il veut mettre en place une baisse massive des impôts sur toute les couches de la population (ce qui revient à favoriser les riches et les ultra riches), ce qui aurait pour conséquence de réduire significativement le budget de l’Etat. Contrairement à ses amis républicains, il veut conserver les programmes d’aides sociaux, à l’exception d’Obama care (qu’il remplacera par quelque chose de génial, sans préciser quoi).

Il veut renégocier tous les accords commerciaux (jugés défavorables !) et mettre en place des barrières douanières (en clair, faire du protectionnisme). On peut argumenter qu’une telle politique conduirait à une escalade de protectionnisme dans le monde entier dont les américains seraient les premières victimes, mais sur ce point le débat est ouvert.

Sur l’environnement, il se dit « peu convaincu » du danger du réchauffement climatique ou de l’influence humaine et de manière générale est opposé aux régulations visant à protéger l’environnement ou à limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Enfin, sur le plan international, il semble partisan du non-interventionnisme, à l’exception du cas d’ISIS qu’il promet de détruire avec la plus grande brutalité (mais à priori sans envoyer de troupes au sol). Les pays qui comptent sur les Etats-Unis pour assurer leur protection (ie tous les pays occidentaux et asiatiques à l’exception de la Corée du Nord, de la Chine et de la Russie) devront payer la protection de l’armée américaine.

La complexité des relations internationales et du droit américain lui échappe complètement et l’a conduit à revenir sur de nombreux propos et propositions, mais dans les grandes lignes son programme se tient, à une exception près. L’augmentation des dépenses (militaires et sécuritaires principalement) combinée à la baisse massive des impôts créerait un déficit budgétaire sans précédent (plusieurs dizaines de % de PIB par an).

On peut conclure en disant que Trump s’inscrit dans les grandes lignes du parti républicain, à l’exception de la remise en cause du libre-échange, de l’interventionnisme militaire et des programmes sociaux. Sa charge contre les immigrés et la nature de ses propos, ainsi que sa complète inexpérience sont par contre des faits entièrement nouveaux.

Hillary Clinton, elle, se place dans la continuation de la politique d’Obama. Avec comme grand axe la lutte contre les inégalités (augmentation des impôts sur les 3% les plus riches, augmentation du salaire minimum, augmentation de la couverture santé), le réchauffement climatique (continuation de la politique d’Obama). Là où elle se différentie réellement du président sortant, c’est dans le domaine de la régulation financière (liens plus étroits présumés avec Wall Street) et sa plus grande propension à faire usage de la force pour résoudre les conflits (elle s’était opposée à l’approche diplomatique d’Obama sur plusieurs dossiers).

Ses positions libérales la conduisent à favoriser le libre échange (bien qu’elle ait reculé sur le traité transatlantique). Pour le reste, il y a très peu de différence entre ses opinions et la politique d’Obama. Elle favorise l’intervention de l’Etat dans l’économie pour réguler certaines industries (la santé) et promet de favoriser les énergies renouvelables via des subventions, tandis que Trump fait plus confiance au marché.  Elle propose de légaliser les sans-papiers et de favoriser leur insertion. Elle refuse de discriminer les réfugiés et immigrants en fonction de leur religion ou de leurs origines.



4eme partie : Pourquoi ce coude à coude

D’un côté une femme politique expérimentée incarnant le pouvoir de Wall Street et des multinationales, dont les convictions politiques restent floues et de l’autre un narcissique populiste, ouvertement manipulateur et sans aucune expérience politique.

Le fait que la première ne domine pas les sondages par une marge de 20 ou 30 points s’explique par différents facteurs.


1)      Trump possède une vraie base électorale : son message touche une certaine partie de l’Amérique, les racistes certes, mais également les désabusés, les antisystèmes, les laissés pour compte par des années de politique au service des multinationales qui voient en Trump leur chance d’exprimer un raz-le bol.


2)      La perception du public conditionné par l’ultra médiatisation et l’information continue : Bien que le niveau de crime aux Etats-Unis est à des niveaux historiquement bas, que le risque terroriste est faible, que le taux de chômage est au plus bas depuis la crise économique de 2008, que le prix de l’essence soit particulièrement bon marché, qu’il n’y a jamais eu aussi peu de conflits dans le monde, que le taux de crédit soit historiquement faible, que le taux de croissance de l’économie américaine soit au beau fixe et la bourse à des records historiques, la perception des américains est globalement négative. Il y a les faits tout d’abord : l’explosion des inégalités, la stagnation du revenu médian et moyen qui fait que la richesse nouvellement créée ne profite pas à tout le monde. Mais au-delà de ce problème de redistribution (que Trump veut aggraver alors qu’Hillary veut limiter), il y a la perception, fausse, que tout va mal. Cette perception est due au déchainement des médias (principalement des nouveaux médias d’ailleurs) qui tirent l’information vers le bas et contribuent à un climat négatif, alimentant la peur et la négativité.


3)      Le rôle des grands médias : En cherchant à tout prix à mettre les deux candidats sur un pied d’égalité, et en le faisant avec un angle négatif, les médias américains soucieux de vendre un match serré contribuent à la fois à minimiser les dérapages de Trump, à stigmatiser Hillary et surtout à entretenir un profond manque de crédibilité politique qui risque de conduire à un taux de participation historiquement bas.


4)      La médiocrité d’Hillary Clinton : même si son programme et son expérience devraient convaincre tous les modérés de voter pour elle, son image négative et son manque de charisme l’empêchent de créer une véritable adhésion. Une grande partie de cette réalité est imputable au travail de sape des médias.


5)      Le clivage démocrate-républicain : est particulièrement prononcé aux Etats-Unis, ce qui peu paraître surprenant à première vue mais se comprend lorsqu’on prend le temps d’analyser les systèmes de valeurs (conservateurs vs libéraux) qui sont représentés par chaque parti. Nombre de mes collègues déplorent sincèrement la candidature de Trump mais vont tout de même voter pour lui (ou s’abstenir et ne pas voter pour Hillary), par principe.


6)       Les minorités votent beaucoup moins massivement que les blancs, ce qui donne un avantage à Trump bien que logiquement son électorat soit plus restreint.

Nous avons donc d’un côté Trump qui rassemble un électorat particulièrement déterminé mais peu nombreux, auquel se rajoute un vote républicain de rejet d’Hillary. En face, Hillary peine à capitaliser sur le rejet de Trump au-delà du camp démocrate. Les deux candidats sont bien en dessous des 50% en termes de popularité, et pourtant l’un deux sera bientôt président.


5ème partie : Trump peut-il gagner ?


La réponse courte : absolument.

Les arguments :

1)      Du point de vue des sondages, qui valent ce qu’ils valent, l’écart se resserre à environ 3% en faveur d’Hillary sur les sondages nationaux. Mais les élections américaines fonctionnant au suffrage indirect, ce qui compte c’est de gagner des Etats. Chaque état donne un certain nombre de « grands électeurs », plus ou moins en fonction de sa population. Gagner la Californie  permet de s’assurer 55 votes (sur les 270 requis pour gagner l’élection) tandis que la Louisiane n’en apporte que 8 et l’Alaska 3. Certains états sont jugés imprenables pour les républicains (La Californie, New York et plus généralement les côtes Est-Ouest) tandis que d’autres sont des bastions historiques républicains (le Texas, les états du sud et du centre). D’autres ont tendance à basculer d’une élection à l’autre, se sont les fameux « Swing states » (Ohio (18 votes), Michigan (16), Floride (29), Caroline du Nord (15), Pennsylvanie (20). La clé est donc de remporter les swing states. Le New York Times, en se basant sur des modèles et des sondages, états par états, publie chaque jour une estimation du nombre de chances de chaque candidat. A la sortie de la convention démocrate, Hillary était donnée vainqueur à 88% soit près de 9 chances sur dix (9 contre 1). Les projections sont désormais de seulement 73%, soit seulement 3 fois plus que Trump (3 contre 1). Autrement dit les chances de Trump ont triplé en 1 mois.


2)      Du point de vue dynamique, on l’a vu, l’écart a tendance à se resserrer et de nombreux évènements insignifiants mais ultra-médiatisés (attentats, bavures policières sur des noirs, pneumonie d’Hillary) ont tendance à attiser les émotions et renforcer Trump.


3)      La clé des élections disputées est la mobilisation de l’électorat. Si l’électorat de Trump est clairement mobilisé, la grande interrogation concerne celui de Clinton. Il est plus difficile de se mobiliser et de mobiliser des gens qui votent « par défaut », surtout lorsqu’ils viennent de couches sociales défavorisées, que de motiver des gens particulièrement remontés comme le corps des électeurs de Trump.


4)      La campagne de Trump, aussi abjecte qu’elle puisse paraître, est surtout moderne. Il se vante d’un staff de seulement 50 personnes, prend quasiment aucun conseiller, improvise pratiquement tous ses discours et se contente d’un meeting politique par jour où viennent se précipiter les habitants de la ville choisie pour voir le showman. Il lève des fonds principalement par dons individuels sur son site internet (comme Bernie Sanders) et conduit une campagne efficace, exploitant à fond la couverture médiatique. Ses discours improvisés et ses interviews non préparés le conduisent à de nombreux dérapages qui amusent et font le buzz ou la polémique. A côté de ça, Clinton semble conduire une campagne avec un siècle de retard, passant la plupart de son temps à lever des fonds auprès des grandes fortunes en assistant à des diners privés, fonds utilisés par la suite pour des campagnes de publicité télévisé et sur les réseaux internet dont l’efficacité reste à démontrer.  Son staff de campagne de plus de 500 personnes et son nombre faramineux de conseillers fait penser à une gigantesque bureaucratie. Ses meetings politiques moins nombreux suivent souvent un script et un prompteur, ce qui contribue à rendre Hillary antipathique. Son coté intellectuel contraste fortement avec le franc-parler et la simplicité de Donald Trump, ancien animateur de télé-réalité. Il semblerait que les américains se retrouvent plus dans ce dernier.


Compte tenu de la tendance actuelle, les trois débats télévisés risquent d’être déterminants pour l’issue de l’élection. Quand on voit comment Trump a dominé ses adversaires pendant les débats républicains, les affublant de surnoms péjoratifs, boudant, utilisant l’humour pour répondre aux attaques (« vous avez traité les femmes avec qui vous avez des désaccords de « grosses truies, de chiennes, de trainées, d’animaux dégoûtants… » «non, non,  seulement Rosie O’Donnel») et sa façon de prendre à partie le public pour ridiculiser ses adversaires avaient fait mouche. Seulement, deux éléments diffèrent fondamentalement cette fois-ci :

1)      Le débat aura lieu sans public, il ne s’agira pas d’un concours de popularité devant une salle qui passe son temps à hurler des encouragements comme c’était le cas pour les débats républicains.


2)      Hillary Clinton a des divergences fondamentales en terme d’idéologie. Les républicains ne pouvaient attaquer Trump sur son programme car ils le partageaient essentiellement. Mais Hillary devrait pouvoir mettre Trump en difficulté sur des nombreux points : la baisse des taxes qu’il promet sur les riches, la suppression d’Obama care, sa politique d’immigration et surtout illustrer ses profonds manques de connaissance sur les sujets de politique extérieure.

Reste à savoir si l’américain moyen écoutera la raison plutôt que ses émotions. Clinton a fait le pari du premier, Trump a depuis longtemps compris le pouvoir du second.

Personnellement je suis de plus en plus convaincu par la victoire de Donald Trump, on verra LUNDI prochain lors du premier débat si j’ai raison.


5)      Faut-il avoir peur de la victoire de Trump ?

Hillary Clinton est prédictible, elle fera au mieux ce qu’elle a promis et au pire la politique voulue par les grands groupes d’influences américains. Trump est beaucoup plus imprédictible. Il se place constamment dans une logique Blanc ou Noir et d’opposition. Eux contre nous. Sa vision du monde est simpliste : il y a les winners et les loosers. Clinton, en plus de ses qualités d’écoute (cf note)  et d’appréhension des problèmes dans leur complexité, se place plus souvent dans une logique de coopération.

Les trois domaines de la politique américaine qui nous concernent directement sont l’Economie, le Climat et la Géopolitique.

Sur l’Economie, difficile de savoir qui du protectionnisme prôné par Trump (s’il le met réellement en place) ou du libéralisme de Clinton aura le plus d’impact sur l’Économie mondiale et Européenne. On peut tout de même remarquer que Clinton se place sur un plan de coopération, tandis que Trump voit l’économie comme une compétition.

Sur le climat, Clinton est fortement engagée à promouvoir les énergies renouvelables et poursuivre les accords de la COP21. Trump ne croit pas au réchauffement climatique.

Sur la géopolitique, enfin, il existe selon le Monde Diplomatique (numéro de septembre 2016) un véritable risque de conflit majeur. Les trois grandes puissances se livrent à une dangereuse course à l’armement (provoquée majoritairement par les Etats-Unis) et à des manœuvres d’intimidation (en Mer de Chine et à la frontière Europe-Russie).

Clinton est clairement embarquée dans cette politique de rapports de force et d’augmentation des tensions qu’Obama ne semble pas capable d’endiguer (les groupes d’influences à Washington et au Pentagone ont plus de pouvoir qu’on aimerait le croire). Elle a démontré par le passé sa tendance à faire appel à la force, en contradiction avec Obama. Néanmoins, Clinton reste une personne mesurée et analytique. Elle est déterminée à défendre les alliés des Etats-Unis et respecter les alliances et traités en place. Pour simplifier, Clinton peut nous conduire à la guerre, mais elle sera de notre coté.

Trump semble moins convaincu de la nécessité de tenir tête à la Russie et peu partisan de l’interventionnisme. Il semble moins enclin à poursuivre la logique actuelle, mais son inexpérience le rend potentiellement manipulable, par les militaires et pro-guerre américains comme par leurs alliés et ennemis. Son impulsivité et sa personnalité agressive peuvent agir comme une bombe à retardement. Dans un sens, il y a moins de chance qu’il poursuive la logique interventionniste américaine, mais en même temps, en cas de conflit Russo-Européen, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir compter sur son soutien. On pourrait donc se trouver dans une situation où Poutine (dont il n’a cessé de répéter son admiration) profite de la situation. Pour résumer, une présidence de Trump est imprédictible et peut tout aussi bien conduire à une certaine détente qu’à une catastrophe totale.


Dernier point, la victoire de Donald Trump signerait la victoire de l’émotion sur la raison, du populisme sur le débat démocratique et de la peur et la haine face à la coopération. La démocratie en général s’en sortirait profondément marquée. Ce qui me conduit au dernier point de ce long essai.



Conclusions

La campagne présidentielle américaine est riche d’enseignements, en particulier dans le cadre des élections Françaises à venir.

1)      Le rôle des médias est déterminant.

Lors de l’attentat de Nice en France, les chaines de télévision ont complètement perdu toute retenue ou décence, montrant des gens en train de mourir en direct, interviewant des rescapés en sang venant de voir leurs enfants mourir sous leurs yeux dans le mépris le plus total de tout bon sens journalistique. Dans un autre registre, Nicolas Sarkozy a été interviewé pendant deux heures sur France 2 jeudi dernier, dans un exercice de complaisance inouïe. Les journalistes lui laissant raconter tout et n’importe quoi, de quoi faire hurler de honte (ou de jalousie) un journaliste de fox news.  

De ce coté-là, il y a donc matière à s’inquiéter.

2)      La peur et la colère devant la raison et le calme

Il suffit de rappeler l’utilisation massive de la peur du terrorisme faite par la gauche et la décision de Nicolas Sarkozy d’orienter sa campagne uniquement sur les thèmes identitaires et sécuritaires, sans oublier de mentionner la victoire du Brexit et sa campagne sur l’immigration pour comprendre que les peuples européens n’ont rien à envier aux américains. L’hystérie ambiante semble complètement disproportionnée si on la met en parallèle avec le nombre d’attentats perpétués en France et leurs victimes, comparé à ce qu’on a pu connaitre dans les années 90.

Il sera particulièrement intéressant, dans ce cadre, de suivre l’affrontement Jupé- Sarkozy lors des primaires de la Droite.


3)      Le ras le bol vis-à-vis de l’establishment.

La popularité de Bernie Sanders et de Trump comme l’impopularité de Clinton et la victoire du Brexit pointent toutes vers une évidence : le peuple ne veut plus des Elites (et pour cause, il faut voir comment elles l’ont traité). Une candidature de Sarkozy et de Hollande en particulier devrait particulièrement faire le jeu des extrêmes (si tant est qu’on puisse encore classé Sarkozy hors des extrêmes).


Pour conclure, je pense personnellement qu’on est potentiellement à un tournant historique. Les fabuleuses avancées technologiques nous promettent monts et merveilles et les signes de coopération sur le plan international permettent de nourrir un certain espoir. Mais en même temps,  la montée de l’extrémisme dans toutes les démocraties, que ce soit en termes de résultats dans les urnes ou plus simplement d’acceptation de ses idées dans les débats publiques et ses conséquences dans les choix politiques des gouvernements, même de gauche, conjuguée avec une formidable  escalade du risque nucléaire avec le durcissement des rapports Russie-Occident et Sino-Américains laissent penser que le pire est possible. Du point de vue des libertés individuelles, de la sécurité intérieure et extérieure. Les années Obama avait remis au goût du jour la raison, la diplomatie, le principe de précaution, la défense des acquis sociaux et de l’environnement, malgré une forte opposition du sénat républicain. Va-t-on revenir dix ans en arrière, avec un fou au pouvoir de la première puissance mondiale ? Quand on voit qui sont les gens qui ont fait le pari de le soutenir, nous sommes en droit de trembler...


Début de réponse lundi soir !



Sources recommandés :



Les vidéos de Trump à voir : https://youtu.be/MvVfj0ov8k8 et https://youtu.be/9LR6EA91zLo

Le monde diplomatique sur la nouvelle guerre froide : http://www.monde-diplomatique.fr/2016/09/KLARE/56193

Sur la couverture des attentats de Nice par la télévision française : http://www.slate.fr/story/121065/attentat-nice-nuit-tele-francaise-sombre